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Les 3 glacières de la brasserie de Vignes-la-Côte

Vignes-la-Côte (52)
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Publié le 9 juin , par FOURTIER Annita dans Glacières

Brasseries et Glacière


Les trois glacières de la brasserie de Vignes-la-Côte et les étangs à glace

Des éléments concernant ces glacières ont déjà fait l’objet d’une première présentation dans les Cahiers Haut-Marnais par Michel Couteau en 1975. Ce sont les seules glacières quadrangulaires connues à ce jour en Haute- Marne, avec celle de la brasserie d’Humes, celle de Saint Dizier et celle de la Brasserie de Fayl-Billot, aujourd’hui détruites.
Des premiers essais de brassage furent réalisés à l’ancienne tuilerie de Reynel sous la conduite de Monsieur Gilbin et précédèrent la création de la brasserie de Vignes-la-Côte dans l’ancienne demeure seigneuriale et ses annexes. De 1880 à 1914, la brasserie connut son âge-d’or avec la fabrication de bière basse fermentation et de limonade à raison de plus 15 000 hectolitres par an. Elle périclita ensuite avec le décès de Mr Couteau, associé de Mr Gilbin, diplômé de l’Ecole Supérieure de Brasserie de Nancy. Les résidus de fabrication étaient utilisés pour l’alimentation du bétail dans une ferme qui jouxtait la brasserie. En 1927, le matériel fut vendu à la brasserie de Neufchâteau, sous contrôle de la brasserie de Champigneulles. Accompagnant le début de la concentration industrielle, la brasserie fermait définitivement en 1928. Des bâtiments en grande partie détruits, il subsiste quelques dépendances, les caves isolées sur le plan thermique et les glacières. A noter que le logement patronal avait été édifié en 1909 et il est fait mention d’un moteur à vapeur en 1893.
A partir du XIXème, les brasseurs firent un large usage de glacières afin de pouvoir non seulement conserver la bière, mais aussi et surtout, la fabriquer à partir de la fermentation basse température entre 4 et 7 °C, technique qui paraît être mentionnée pour la première fois dans les minutes du conseil de Munich, en 1420.
Situées dans l’ancienne brasserie de Vignes, en rive droite du Rognon, à proximité de la confluence avec la Sueurre et son affluent secondaire la Manoise, les glacières sont soit construites en briques avec des ouvertures d’accès orientées vers l’Ouest et ll’Ouest et le Sud soit en pierres maçonnées soit, pour partie creusées, dans le rocher. Elles n’apparaissent pas sur le plan cadastre dit « Napoléon » daté de 1829.
Une première glacière en partie enterrée, en pierre de taille, servait à stocker la glace de la Sueurre, à flanc de coteau, à main droite sur le chemin menant à la brasserie. A une cote de 285 m et creusée dans les éboulis de pente, de structure carrée (12,50 m x 13,50 m extérieure), elle comporte quatre accès sur les faces :
- nord, large de 1,10 m en plan incliné,
- ouest avec une protection par deux contreforts et une double porte à deux vantaux de 1,10 m de large protégée par une avancée de 1,5 m de large et de 2 m de profondeur fermée par une deuxième porte intérieure à un vantail,
- est sous forme de deux toboggans d’alimentation.
Enfin, aujourd’hui hors d’usage, elle a été éventrée sur la façade sud pour permettre le stockage de véhicules.
Elle est constituée par une double enceinte, le mur extérieur ayant une épaisseur de 0,70 m et l’espace entre les murs de 0,50 m environ. La hauteur des murs est a minima de 6 m dont 3 m enterrés. La capacité de stockage de cette glacière peut être estimée en première approche à 500 m3. En avril 2012, l’accès en est dangereux et son état a conduit à la protéger par une bâche pour éviter son effondrement.
Sa toiture à 4 pans présente une particularité ; la couverture est constituée de 2 couches de tuiles séparées par une couche de chaume de 0,30 m qui assurait l’isolation thermique de l’ouvrage au même titre que la double enceinte de murs.

Une deuxième glacière aujourd’hui en partie démolie existe au nord de la brasserie à une cote de 295 m. Elle est composée de deux bâtiments carrés reliés par un couloir de 3,2 m encombrés de déblais, avec un plafond en hourdis de briques posé sur 9 poutres métalliques. Seul le bâtiment est est accessible par une porte sur la façade sud et par un regard d’approvisionnement fermé par une porte située sur la façade nord. Le bâtiment ouest est à double parois de brique et disposaient de deux regards d’approvisionnement en façade nord. La hauteur sous plafond est de 11,20 m. La première salle dite « est » mesure 6,6 m sur 7,7 m et la deuxième salle dite « ouest » dont le plafond est effondré, 6,30 m sur 7,4 m. La capacité de stockage théorique maximale des deux salles de cette deuxième glacière serait d’environ 1000 m3.

En partie creusées dans le rocher, cinq autres glacières, en enfilade avec les salles de basse fermentation, forment un quadrilataire de 20 m x 30 m. Un couloir avec un escalier permet d’accéder à une galerie de desserte des salles voûtées de basse fermentation prolongées par cinq glacières voûtées, elles aussi, d’une capacité unitaire d’environ 700 m3. Les salles de basse fermentation ont une hauteur d’environ 4 à 5 m sous clé de voute et les glacières de 7 à 8 m. L’extrémité est de la galerie de desserte d’une longueur d’environ 30 m est semi-circulaire et accueillait le monte-charge dont les trois rails de guidage en chêne étaient encore en place en 2015 ; l’autre extrémité ouest permettait l’accès aux étages supérieurs de la brasserie par un escalier métallique. La galerie de desserte est scindée en trois tronçons permettant de limiter les déperditions de frigories.

Un mur double avec un vide d’environ 0,40 m qui sépare les deux parois délimite le périmètre de l’ensemble de l’ouvrage et des contreforts maintiennent l’écartement entre les deux parois. Deux des cinq glacières sont murées sur quatre faces avec des piliers de soutènement et l’accès est possible à partir d’une porte donnant sur la salle de basse fermentation ; les trois autres glacières sont murées sur trois côtés et fermées par un platelage en bois sur la façade sud donnant sur les salles de fermentation. La desserte des glacières se faisait par des cheminées avec des toboggans de répartition donnant sur la façade nord. Des regards de ventilation avaient été réservés dans les voûtes des salles de basse fermentation. Enfin, des rigoles d’écoulement équipent les sols pavés en partie axiale des salles avant de rejoindre une rigole dans l’axe du couloir d’accès et permettent l’évacuation de l’eau de fonte de la glace vers un regard fermé par une grille en partie centrale du couloir.
La capacité de stockage totale de glace était d’environ 3 500 m3. Des hivers cléments associés à l’émergence de nouvelles technologies ont conduit à l’abandon de ces ouvrages.

Ces glacières étaient alimentées par deux étangs à glace localisés en bordure de la Sueurre et qui faisaient l’objet d’un bail de location dont on a retrouvé la trace sur des documents datés de 1904 précisant les conditions d’entretien des chevalements du canal d’alimentation. Aux dires d’anciens employés et de témoignages verbaux, les eaux de fonte de la glace étaient récupérées en pied de glacière et utilisées pour les besoins de la brasserie alimentée, par ailleurs, à partir d’un puits situé dans la vallée, à l’amorce de la route d’Andelot.

Au Sud, de ces glacières, existent deux salles enterrées de destination non définies dont la plus profonde est aménagée dans sa partie Nord en réservoir de stockage d’eau ; il est alimenté par une source d’origine indéfinie.

LA BRASSERIE DE VIGNES-LA-CÔTE

Au début du 19e siècle, M. Gilbin possédait à Montôt l’une des nombreuses forqes que l’on trouvait à l’époque tout Ie long de la vallée du Rognon. Cependant l’apparition en France ales "forges anglaises", c’est-à-dire des laminoirs, allait très vite condamner l’activité Iocale. M. Gilbin eut alors f idée de se reconvertir et, constatant la consommation de plus en plus répandue de bière dans la région, il décida de devenir brasseur.
Dès 1848 les premiers essais de brassage furent réalisés dans l’ancienne tuilerie de Reynel par le procédé semi-artisanal de "la bière au chaudron". Les résultats étant concluants, M. Gilbin entreprit la création d’une brasserie industrielle.
L’ancienne maison seigneuriale de Vignes et ses dépendances étaient à vendre et c’est ce site que choisit M. Gilbin. Certes, pour accéder à la brasserie il fallait gravir la pente raide de la rue du village mais un relais ale chevaux à l’entrée de Vignes règlerait le problème. Il faut dire que la présence sur place d’une importante source d’eau brassicole compensait largement cet inconvénient.
Séraphin Gilbin succéda à son père à la tête de la brasserie et décida, pour rester compétitif, d’abandonner le procédé de "fermentation haute", à une température de 20 à 25°C pour le remplacer par le procédé plus moderne de "fermentation basse" à 8°C qui exigeait la mise en cave de garde de la bière à une température de 0 à 1°C. Le 11 août 1878, Messieurs Gilbin père et fils signèrent l’acte sous seing privé passé avec la commune pour la location des pâtis communaux pour y établir des étangs à glace en hiver le long du chemin d’Andelot à Humberville (route de Vignes à Manois).
En 1880 la brasserie fut entièrement rénovée à grands frais. D’énormes caves- glacières furent creusées dans la colline. Deux glacières furent érigées à l’extérieur pour refroidir le moût. Ainsi 5000 m3 de glace pouvaient être stockés. Toute cette glace provenait des deux étangs de 100 mètres de côté et de 50 centimètres de profondeur qui gelaient en hiver. Alors un balai incessant de charrettes remontait la glace jusqu’à la brasserie par le nouveau chemin d’un kilomètre et demi créé pour la circonstance.
Malheureusement, en 1912, I’hiver fut très doux et il fallut faire venir de Suisse de Ia glace de glacier par Ie train. C’est alors qu’il fut décidé de doter. La brasserie d’une machine frigorifique dont le compresseur était mû par une machine à vapeur, l’électricité n’ayant été installée à vignes qu’en 1927. La source -de la brasserie s’étant rapidement révélée insuffisante, une station ale pompage elle aussi actionnée par une machine à vapeur dut être installée en bas du village sur la route d’Andelot.
La brasserie fabriquait son propre malt dans des germoirs en sous-sol à partir d’orge champenois et utilisait du houblon de Côte d’Or, de Bavière et de Tchécoslovaquie. Le matériel de brassage était allemand et les cuves de fermentation venaient de Nancy. Les bouteilles utilisées étaient fabriquées par la verrerie de Gironcourt. Comme beaucoup de brasseries, Viqnes fabriquait aussi une limonade très appréciée.
Beaucoup d’améliorations avaient été apportées à la brasserie par M. Charles Couteau associé particulièrement compétent de M. Gilbin depuis février 1896 puisque celui-ci était diplômé de l’École de Brasserie de Nancy. C’était alors l’âge d’or de la brasserie. La production atteignit 15 000 hectolitres par an et la bière de Viqnes était vendue jusqu’à cinquante kilomètres à la ronde.
Des dépôts furent créés en Haute-Marne à Chaumont, Langres, Joinville et Nogent, dans les Vosges, à Neufchâteau, Lamarche, Tollaincourt et Vittel, et même à Tonnerre, Auxerre et Sens. La bière était livrée par des charretiers dont les tournées pouvaient durer jusqu’à trois jours. Ils utilisaient des voitures à 2 ou 3 chevaux et transportaient jusqu’à trois tonnes de fûts et de bouteilles en caisses. Une partie de la production était aussi expédiée par voie de chemin de fer. Afin d’entretenir l’importante cavalerie de Ia brasserie, la direction créa une exploitation agricole qui produisait de l’orge pour Ia malterie, de l’avoine, du foin et de la paille pour les chevaux. Les déchets de brassage,
la drèche était un excellent aliment pour les vaches laitières qui elles-mêmes fournissaient suffisamment de lait pour qu’une petite fromagerie fut créée. D’autres sous-produits de la brasserie servaient à engraisser porcs et volailles, tout ceci permettant de nourrir la dizaine d’ouvriers célibataires logés à la brasserie à peu de frais.
Le décès prématuré de M. Couteau en 1907 et la guerre de I9l4 marquèrent Ie début du déclin de la brasserie. Beaucoup de matériel de livraison fut perdu et les brasseries de Maxéville et Champigneulles en plein essor après la guerre menaçaient la production locale.
La situation même de Vignes, avec une clientèle trop dispersée pour être rentable devenait un inconvénient irrémédiable. Il fallut remplacer Ies voitures à cheval par des camions automobiles à grands frais et, par conséquent, cesser l’exploitation agricole. Par ailleurs, l’industrie de la brasserie était de plus en plus concentrée. Dès 1924, la situation était préoccupante et, en 1927, la clientèle et une partie du matériel furent cédés à la brasserie de Neufchâteau, elle-même contrôlée par Champigneulles. Après sa fermeture, la brasserie tomba peu à peu dans l’oubli malgré I ’idée rapidement abandonnée de la transformer en champignonnière et une tentative éphémère d’élevage industriel de volailles dans les dépendances. Restent les vestiges peu à peu envahis par la forêt d’une brasserie qui fit pendant des décennies la renommée d’un village au non pourtant évocateur d’un autre plaisir de l’homme : Viqnes-la-Côte.
Daniel Gigoux
Source : Archives Départementales de la Haute-Marne.
Cahiers Haut-Marnais n°123, 4° trinestre 1975 " La Brasserie de Vignes " par Michel Couteau"

* La Brasserie de Vignes qui ferma définitivement ses portes en 1928, avait été fondée en 1838. Au début du siècle, elle possédait 15 entrepôts : 8 en Haute-Marne (Chaumont, Langres, Bourbonne-les-Bains, Nogent-en-Bassigny, Maranville, Charmes-la-Grande, Gudmont et Breuvannes), un en Haute-Saône (Vaivre), deux en Côte-d’Or (Chatillon-sur-Seine et Montbard), deux dans l’Yonne (Tonnerre et Laroche-sur-Yonne), un en Seine-et-Marne (Provins) et un à Paris.
Elle obtint une Médaille d’Or lors de l’Exposition Internationale de 1897. Une analyse quantitative d’un échantillon déposé par M. Gilbin auprès du Laboratoire Municipal de chimie de Paris le 21 juin 1897 établit "de la manière la plus formelle que la bière de Vignes est absolument pure et faite uniquement avec des malt houblon de tout premier choix et qu’elle ne contient aucun antiseptique, ni acide salicylique, ni autre matière nuisible". L’échantillon déposé présentait une densité de 1022 et un degré d’alcool (% en volume) de 4°6.

Dans le glossaire :
potentiel hydrogène  

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