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Plateau de Langres - Versant Seine - Marne

Inondations 1910 en Haute-Marne

Publié le 2 septembre 2016 , par PERNOT Bruno dans Le Plateau de Langres versant séquanien

CHAUMONT

Chaumont, du point de vue de la rue Hautefeuille, la Suize est devenue un fleuve. Deux puits naturels, le puits des Bonshommes, qui n’avait pas coulé depuis des années, donne depuis deux jours ; et le puits Girouet montre un débit considérable. Une île de limon s’est formée au milieu de la vallée. Le champ de courses est complètement inondé.
La filature Vincent à Buxereuilles est envahie, en particulier la chambre des échantillons et la cuisine.
Le moulin Michaux à Reclancourt et celui de M. Adrien à la Maladière ne peuvent plus actionner leurs turbines. Ces mêmes machines sont noyées à Chamarandes, la ville et la compagnie de l’Est ne sont plus approvisionnées en eau. L’eau est arrivée jusqu’à l’église dans ce village.
Sous le viaduc, l’eau arrive en vagues sous toutes les arches. Le château du Val des Ecoliers est entouré d’eau. Les hameaux de Reclancourt et de la Maladière émergent de la nappe d’eau, les maisons ont été construites à une hauteur suffisante. La route de Treix est coupée, un flot important arrive de la combe Bricart à 200 m de l’école Louis Blanc et traverse le château de Reclancourt. Sur le quai de la gare, on peut lire écrit à la craie sur un tableau noir : "MM. Les voyageurs sont prévenus que tous les trains sont supprimés jusqu’à nouvel avis entre Bar sur Aube et Troyes et entre Polisot et Troyes. Circulation interrompue par suite d’inondations".
A proximité des lavoirs d’En Buez, une couche de pétrole apparait sur l’eau. La rumeur courre qu’une source de pétrole est apparue avec la crue. Les techniciens éclairés appelés sur les lieux infirment vite la nouvelle, le pétrole provient de la nouvelle machine élévatoire des eaux installée non loin de là en amont…Le deuil d’une source quelconque de pétrole à Chaumont est vite fait.

Carte postale

JOINVILLE

La ville sera l’agglomération la plus touchée par l’inondation, amplifiée par des facteurs locaux particulièrement défavorables. Un véritable sinistre. Après un terrible cyclone en juin 1908, qui dévasta arbres et maisons, la ville va connaitre quatre journées terribles. Suivant le fil de l’eau jour par jour.
Mardi 18 janvier
il pleut sans interruption ; le vent violent "souffle en tempête", relate le correspondant du "Petit Champenois". L’inondation est à craindre, d’autant que, dès 5h00 du soir la montée des eaux de la Marne est sensible ; on relève 1,20 mètres à l’étiage du Grand Pont. A cet instant, la population est loin d’imaginer le drame qui se prépare.
Mercredi 19 janvier
Il est prévu au théâtre de Joinville (salle des Ursulines) un spectacle extraordinaire, à 8h30 du soir, par la compagnie Autobus Cinéma Exploitation. Malheureusement, c’est un tout autre spectacle, tout aussi inédit qui va mobiliser la population de la ville tout entière. En effet, à 10h00 du matin, un télégramme de la Préfecture arrivait en mairie, annonçant la cote de 2,50 mètres pour la nuit suivante vers 2h00 du matin. Aussitôt, les autorités municipales font avertir par l’appariteur, dans tous les quartiers menacés de la ville, qu’une crue est envisagée, mais peu de personnes ne prêtent cas du danger et ne soupçonnent pas son intensité. La pluie ne cesse de tomber, mêlée de neige. Dans la nuit du 19 au 20 janvier, les eaux de la Marne continuent de monter. La gendarmerie défend le stationnement sur le pont de la Marne, on redoute un accident.
Jeudi 20 janvier
A l’heure dite, vers 2h00 du matin, la partie basse de la ville est envahie par une crue subite. A 7h00, le niveau des eaux atteint 2,78 mètres ; l’agent voyer notera dans son rapport que sur les 38h00 passées, la montée horaire aura été de 0,042 mètre. A 10h00, l’étiage du grand pont marque 2,95 mètres. C’est la consternation !
Les sous-sols des rues de la Fontaine et des Bains, les riverains du bief du moulin, les habitants de la rue de l’Abattoir* et de la rue de la Grève*, la rue du Grand Pont* commencent à souffrir de la situation. A 11h00, un second télégramme parvient de la Préfecture indiquant que la cote maximale de 3,20 mètres sera atteinte au milieu de la nuit à venir. Il pleut continuellement et les eaux s’élèvent toujours.
A 15h00, l’inondation prend une forme de plus en plus inquiétante. La rue du Grand Pont est semblable à un fleuve boueux, le quartier du quai des Peceaux est dans une situation très critique ; les habitants des maisons bordant la rue de la Grève déménagent en toute hâte. Un tiers des habitants de ce secteur ont leur rez-de-chaussée envahi.
Le maire de Joinville, Emile HUMBLOT, fait annoncer par son de caisse que l’usine à gaz sera sans doute inondée en soirée, privant ainsi la ville d’éclairage public et en conséquence, chacun des habitants des quartiers bas doit se munir de bougies dans les logements et de lanternes sur le rebord des fenêtres. D’heure en heure, les informations les plus alarmantes sont données. Les vingt-cinq pompiers sont aussitôt en alerte en début de journée, sous les ordres de leur chef de corps, le capitaine ROGER ; les gendarmes, emmenés par le chef AUBERTIN se joignent à eux pour organiser les premiers secours. Le quartier du moulin fait barrage aux eaux abondantes ; le pont d’Ecurey est recouvert par les eaux. La rue du Poncelot est également recouverte en totalité ; seul le pont du XVIème siècle émerge de la nappe d’eau.

Carte postale

Depuis le début d’après-midi, les écoles et l’Ecole Primaire Supérieure ont fermé leurs portes. Face à la montée des eaux, les cours ne seront plus dispensés jusqu’au lundi 24 janvier.
Les commerces sont touchés : le fabricant de meubles GUINOT, le boucher CREANGE ont "à souffrir de l’élément liquide" pour reprendre l’expression du correspondant du "Petit Champenois". Les réserves en sous-sol du magasin épicerie BOYOT sont submergées, détruisant les denrées stockées.
Dans la rue du Grand Pont très commerçante, l’eau s’étend jusqu’à la future gendarmerie (maison GUILLAUME) dont l’emménagement prévu fin janvier est retardé d’un mois.
La brasserie d’Emile LEPAGE est totalement noyée, l’accès par la rue Jeanne Vallée n’est plus possible qu’à l’aide de barques. Le brasseur lui-même se prête aimablement au passage des personnes qui ont affaire dans les maisons sinistrées .Dans la rue de la Grève, le magasin et les entrepôts du quincaillier BOYER sont inondés. Dans la rue de l’abattoir, les bois de construction et les fûts vides flottent à la dérive, donnant "l’impression d’un lendemain de naufrage", l’eau affluant par le pont MARANGE. L’hôtel du commerce tenu par M. LOMBARD est pris par les eaux.

Joinville : inondation rue de la grève

Les eaux de la Marne au grand pont le 20 janvier à 16h00, les voies ferrées sont à l’extrémité du pont (passerelle).

Carte postale

A 8h00 du matin le 20 janvier, rue de la Grève, les trottoirs sont encore accessibles.

Joinville : inondation

A 9h00 du matin, Le pont du bief est encore libre. Les premiers secours s’organisent. Personne ne semble inquiet pour poser devant le photographe.

Cpa 1910 10 : Joinville, devant la boutique du coiffeur Collin et à l’angle du quai des peceaux, un attroupement se forme. L’ampleur du drame commence à être ressentie.

CHAMOUILLEY
Des planches de bois sont posées pour les piétons, l’eau traverse les murs en petites fontaines.

Chamouilley : inondation rue Basse

La circulation en voiture est obligatoire, il est trop risqué de tenter l’aventure à pied, les trous sont nombreux.

Carte postale
Chamouilley : inondation digue rompue

Chamouilley, la digue rompe près de l’écluse. Tout était sous l’eau au plus fort de la crue !

Chamouilley : inondation de l’usine

Chamouilley, l’usine Champenois inondée.

CHATEAUVILLAIN

Chateauvillain est concerné depuis mercredi 20 janvier vers 22h. La crue a augmenté avec rapidité jusqu’à 16h le lendemain. La crue de 1882 est dépassée de 50 cm partout, et même d’un mètre par endroits. Les ponts sont débordés, ceux du parc forment un énorme barrage tenant en respect un gigantesque réservoir d’eau constitué par toute la plaine d’amont. Une nappe immense s’est répandue dans tous les quartiers bas, transformant la rue du parc, la rue de l’Aujon en rivières pénétrant dans les habitations à hauteur de fenêtre. La promenade du mail est envahie, comme les lavoirs, isolant plusieurs maisons et leurs habitants. Nombre de lapins et volailles sont noyés, comme les récoltes d’avoine et de blé des agriculteurs Parisel, Redouté et Daigney. Chez les sinistrés, les chevaux et les vaches ont été sauvés avec peine, en particulier à la ferme des Bonshommes chez Aubriot. Sa famille et des gens accourus de Chateauvillain ont travaillé toute la nuit. Un secours a failli mal tourner rue d’Aujon, des voisins dévoués, MM. Lépine et Manceotte, ont dû sauter d’une barque prise par un remous. Ils étaient allés ravitailler deux vieillards, les frères Pringant. Entrainée par la violence du courant, elle est allée se briser contre le pont des malades. Des murs se sont écroulés, des portes sont enfoncées, les caves sont envahies. Le maire, M. Cousin, plus qu’à la hauteur de sa tâche, a surveillé toute la nuit de mercredi à jeudi les vannages des Abimes et des moulins afin de prévenir les habitants.

Chateauvillain : inondation rue du parc

Les inondations à Chateauvillain, rue du parc, un homme ravitaille les personnes qui sont restées dans leur demeure. Cette carte postale, comme les suivantes, est une des 8 cartes-photos différentes éditées à titre privé à quelques exemplaires.

Cpa chateauvillain : Les inondations à Chateauvillain, rue du parc, les hommes au fond sont affairés à un sauvetage de bétail. On distingue l’animal en tout petit plan en travers de la rue à la sortie de l’édifice.

Les inondations à Chateauvillain, au pont des malades. Difficile de distinguer l’emplacement de la vraie rivière et des flots empruntant les axes…

Carte postale

Vers le pont des malades, les enfants privés d’école assistent au spectacle de la nature.

Chateauvillain : inondation au moulin bas

On aperçoit au fond la ligne de chemin de fer avec son talus freinant l’écoulement des eaux, et le pont de l’Aujon.

LANGRES

Dans l’arrondissement de Langres, à la scierie du Moulin Rouge, près de la gare et du canal, le travail est interrompu, l’eau a envahi l’établissement sur une hauteur de 0,60 m.

Carte postale. Quartier de la gare

Les réservoirs d’alimentation du canal inquiètent. Ils sont prêts à déborder.
Le réservoir de Charmes, vidé depuis l’accident de la crevasse, voit son niveau remonter dangereusement.
Le réservoir de la Liez est veillé jour et nuit pour lâcher le trop-plein en cas de nécessité.
Le canal a débordé, la route parrallèle est envahie depuis mercredi soir (le 19 janvier), on ne peut plus la suivre.

Carte postale. Inondation au moulin Rouge à Champigny-lès-Langres

Un habitant a failli être emporté par les flots à Langres-Marne près du Moulin Rouge.
Se sentant entrainé par le courant, il rebroussa chemin à temps et trouva une bienveillante hospitalité. Dans le même secteur et au faubourg de Brévoines, les caves sont envahies. Certains habitants prudents sont allés dormir au grenier, d’autres n’ont pas dormi du tout !

Carte postale. Usine Delaire

Texte et documents fournis par B. Pernot, publiés avec son autorisation.
Mis en ligne par Annita Fourtier

Dans le glossaire :
potentiel hydrogène  

Documents :
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Positions   Recaler

Lat: 47° 57' 04.13" N
Lon: 5° 44' 45.68" E
Bourbonne-les-Bains - Fontaine chaude


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