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Val de la Petite Saône - Le pays de la Vingeanne et du Salon - Vingeanne

Au fil de l’eau dans les parcs et jardins

Saint-Michel (52)
Publié le 16 février 2016 , par PETIT Claude dans Le pays de la Vingeanne et du Salon

Au fil de l’eau dans les parcs et jardins :
le nymphée
L’exemple de celui de Saint-Michel


Crédits: Bertrand PETIT
Vue aérienne de la propriété

« Les eaux sont au paysage ce que l’âme est au corps ; elles animent une scène, donnent de l’éclat à une perspective, et répandent la fraicheur et la vie dans tous les lieux où elles se trouvent ». Voici en quels termes Jean-Marie MOREL résume dans sa « théorie des jardins » en 1776 l’intérêt de la présence de l’eau dans les parcs et jardins. Nous sommes dans la période qui succède au classicisme du parc à la française pour proposer un retour à la nature et en recréer les effets. Le premier est un jardin régulier avec une composition géométrique bien symétrique et bien agencée ; le second offre des tracés irréguliers agrémentés d’une végétation variée formant une suite de scènes agréables à la vue, dans un cadre paysager.

Crédits: Bertrand PETIT
Jardin et Bassin à Saint-Michel

Parmi les aménagements décoratifs des parcs et jardins liés à l’eau, la grotte de jardin ainsi que le nymphée tiennent une place particulière. Ce dernier est une « construction élevée au-dessus d’une source naturelle ou artificielle, généralement en forme de grotte, accueillant un bassin d’ornement, une fontaine, des jeux d’eau, etc. » (édition du Patrimoine).

A l’origine, le nymphée est un sanctuaire dédié aux nymphes. Celles-ci sont des divinités féminines de la mythologie grecque, personnifiant divers aspects de la nature ; elles se définissent par des noms différents selon les lieux qu’elles hantent : néréides des mers, naïades des eaux douces, oréades des montagnes, dryades des bois de chêne etc … En fait, la dénomination de nymphée est réservée au monde marin : c’est pourquoi les nymphes sont le plus souvent représentées sous les traits d’une jeune fille, associées avec d’autres divinités marines grecques comme Poséidon et Amphytrite, son épouse… A l’époque préromaine, ces sanctuaires prenaient généralement la forme d’une grotte naturelle ou artificielle, agrémentée quelquefois d’une décoration riche à base de rocaille autour d’une source. Plus tard, chez les romains, ces lieux cultuels sont essentiellement en relation avec des sources thermales, dont les vertus curatives sont associées à des déesses protectrices ; elles reçoivent alors en remerciements des offrandes votives, parfois sous la forme d’objets représentant la partie du corps guérie. Par la suite, le nymphée devient une fontaine monumentale, quelquefois ornée de sculptures et de jeux d’eau dans un contexte soit public, soit privé, comme à Pompéi ou Herculanum.
A la Renaissance, ces édifices imposants ont une vocation ornementale et se développent beaucoup en Italie. Elles prennent de l’importance en France au XVIIe siècle, mais tombent en désuétude, pour fleurir à nouveau au XVIIIe avec la mode du goût pour l’Antiquité. Ces constructions sont composées de vasque pour recueillir l’eau, de bassin, de statues représentant souvent le monde marin, de décorations variées à base de mosaïques, coquillages, de rocaille, pierres trouées, enrochement élaborés : elles constituent un véritable palais pour la nymphe, un lieu de repos pour le promeneur à la recherche de fraicheur dans un été ensoleillé et chaud. Un des exemples local le plus complet et le plus élaboré est le nymphée du château de Gerbéviller, proche de Lunéville, construit au XVIIe siècle, en cours de restauration à l’heure actuelle. ans la région de Langres, à côté de nymphées de petites tailles comme au jardin du Belvédère à Bourg ou au domaine de Valpelle, près de Brennes, deux édifices de grande taille sont remarquables : celui de Blanchefontaine à Langres et celui du parc du château de Saint-Michel. Ces deux édifices présentent de nombreux points communs, liés aussi bien une technique de construction d’une Dépoque, qu’à une mode et à une volonté de ressemblance ou de mimétisme de la part des concepteurs ou des propriétaires.

Extrémité du bassin et aperçu de la fontaine

Le nymphée de Blanchefontaine a la forme d’une abside circulaire non saillante dont la façade décrit une arcade concave au sol inscrite dans une travée toscane en belle pierre de taille avec ébrasement extérieur concave. Les murs intérieurs latéraux sont aussi en pierre de taille sans aucune décoration complétés, à la base, de bancs de pierre. La voute est cloisonnée avec un espace antérieur composé de moellons, un autre postérieur où alternent moellons et pierres à trous. Le fond arrondi est en pierres de taille qui délimitent une niche où on peut distinguer de haut en bas : un coquillage ouvert surmonté d’une inscription latine, une imposante grenouille en bronze à partir de laquelle s’écoule l’eau de la source dans une vasque en pierre sur un piédestal ; un réceptacle au sol en forme de petite cuvette à bords arrondis recueille l’eau qui est canalisée en un réseau souterrain pour alimenter en contrebas du nymphée une cascade à trois niveaux, aboutissant à un bassin rond.
C’est en 1656 que l’échevinage de Langres envisage l’aménagement d’un lieu de promenade en dehors de la ville : le choix se porte vers la zone sud du plateau où peut être disposé un ensemble agréable, qui deviendra la promenade de Blanchefontaine. L’année suivante, on procède à la plantation d’arbres, au captage d’une source et à la création de bassins. Des dégradations par actes de vandalisme surviennent dès les premières années d’installation. Des travaux de remise en état du site sont observés en 1701 et en 1729, mais c’est surtout en 1755 que l’ensemble des constructions, captage et bassins, est complètement remanié, sous l’autorité du premier édile, Antoine Guyot. Les travaux sont réalisés par l’entrepreneur Claude Forgeot. En 1757, le conseil prend la décision de poursuivre la décoration du nymphée en demandant le concours de Clément Jayet, « sculpteur à l’académie de Paris », à l’occasion d’un passage dans sa ville natale. L’artiste « a ajouté au dessein qu’il avait communiqué deux naïades pour supporter le ceintre de la grande voûte, qu’il a retouché en entier la coquille qui surmonte son ouvrage, qu’il a peint en couleur de marbre la pierre d’attente et inscrit sur cette pierre, en lettres d’or, deux vers latins, … ». Ce lieu demeure un endroit rêvé pour Diderot, où il trouve, en août 1759, le frais et la solitude ; il l’exprime dans une lettre adressée à son amie, Sophie Volland : « nous avons ici une promenade charmante… mes yeux errent sur le plus beau paysage du monde ». Aujourd’hui, le site est tel que l’a connu le philosophe.

Crédits: Bertrand PETIT
Fontaine
Crédits: Bertrand PETIT
Nymphée

Le nymphée de Saint-Michel est beaucoup plus rustique et simple, tout en retrouvant la même allure et les mêmes matériaux. Il a la forme d’une abside circulaire saillante, ouverte par une arcade concave au sol constituée d’alternances superposées de pierres à trous et de fragments de colonnes doubles, sans doute récupération d’un ancien sanctuaire. Les murs latéraux intérieurs sont en moellons de petit appareil, au sein desquels sont incrustés des pierres à trous figurant de chaque côté deux rosaces, limites d’éléments décoratifs aujourd’hui disparus, probablement vases, statues ou bas-reliefs. A la base des murs sont placés des bancs de pierre. Au fond de la construction, l’eau jaillit à partir d’un monticule de pierres à trous et s’écoule en une petite cascade qui remplit une vasque en forme de coquillage. Le débordement de l’eau contribue à remplir un réceptacle au sol. L’eau coule en dehors du nymphée par gravité dans une goulotte apparente de plein-air, qui alimente un canal.
Il est difficile d’établir avec certitude la date de construction de cette fabrique ; cependant certains écrits et constatations nous font penser qu’elle pourrait être du XVIIIe siècle : une première ébauche au début, des remaniements à la fin.
-  L’eau est captée à partir de la source de la cornée située sur le versant sud de la colline, qui surplombe au nord le village de Saint-Michel ; un acte notarié de 1617 entre la commune et le propriétaire de l’époque Claude Humbelot, bailli de Langres, seigneur de Maulain et Serqueux, donne le droit à ce dernier au passage de l’eau à travers sa propriété.

Crédits: Bertrand PETIT
Nymphée Vasque

-  A la fin du XVIIe siècle, celle-ci appartient à la famille de Simony de Rivière-les-Fosses. Un écrit du comte de Simony daté de 1949 décrit les aménagements du parc à cette époque : distribution et agencement symétriques, classique à la Française autour d’une charmille délimitant une esplanade aux quatre coins desquels sont placées des statues attribuées à Jean-Baptiste Bouchardon. Si le nymphée n’est pas mentionné, il pourrait cependant faire partie de l’ensemble, peut-être moins élaborée que le modèle que nous contemplons aujourd’hui.
-  Le village de Saint-Michel était installé vraisemblablement sur les hauteurs de la colline plus au nord, comme l’atteste l’existence de deux sarcophages mérovingiens, au lieu-dit « la vieille église ». Cette hypothèse est corroborée par l’historien Alain Catherinet pour qui les sites « Saint-Michel » sont établis plutôt sur les hauteurs, à l’image du célèbre mont normand. Progressivement, la bourgade s’est repliée en contrebas pour former ce qui existe actuellement, sans doute à partir des XVe et XVIe siècles : la porterie du château ainsi que des linteaux en accolade de période Renaissance encore présents au village attestent cette hypothèse. L’église d’aujourd’hui n’a pas été construite en 1816, comme l’affirme le chanoine Bresson, mais un siècle plus tôt : de nombreux arguments le confirment, qui ne font pas l’objet de notre propos. Toujours est-il que des vestiges de l’ancienne église, tels des fragments de colonnes ou des chapiteaux bien présents dans le parc du château, ont pu être récupérés par les châtelains et contribués à l’aménagement du nymphée.
-  La famille Guyot a acquis la propriété en 1762 ; mais Antoine Guyot (1700-1773), qui a été maire de Langres de 1753 à 1755 et de 1762 à 1764, période du réaménagement de Blanchefontaine, avait des liens avec le village de Saint-Michel bien avant, puisqu’il s’y est marié en 1725 avec Jeanne Gousselin. Y possédait-il une propriété ? En tout cas, c’est son fils, Guillaume-Marie (1736-1799), qui prend possession du château et de la seigneurie en 1762 du fait de son mariage avec Pierrette Augier (1749-1827), alors propriétaire, lui donnant ainsi le titre de Guyot de Saint-Michel. Il y effectue des travaux considérables, notamment sur l’habitation. Lui-même a été maire de Langres de 1787 à 1789. On voit donc des liens incontestables entre cette famille et les deux nymphées. Les Guyot étaient issus d’une famille de gens érudits, antiquaires de l’époque, à la recherche de vieilles belles choses : Guillaume-Marie a constitué une collection importante d’objets d’art, qu’il exposait dans sa propriété langroise et qu’il se complaisait à faire visiter à des initiés venant même de Dijon : un prospectus imprimé recensait toutes ses possessions. Cette passion pour l’ancien était d’ailleurs présente chez Antoine : n’a-t-il pas été l’acquéreur de la statue de « Louis XV en Apollon » d’un des célèbres sculpteurs de Louis XV, Edme Bouchardon, fils de Jean-Baptiste ? Cette statue, commandée par le monarque et destinée à être exposée à Versailles, n’a pas été retenue et a été acquise par la famille langroise. Un nouvel aménagement du nymphée pourrait dater de cette période et le faire apparaitre tel que nous l’observons aujourd’hui.
-  Les cartes de Cassini ou de Trudaine, de la moitié du XVIIIe siècle, ne sont pas assez précises pour visualiser l’ensemble du parc, par contre celui-ci, notamment le nymphée, figure bien sur le cadastre napoléonien daté, pour Saint-Michel, de 1838. Une convention d’installation de conduites en fonte, en remplacement de l’acheminement ancien en « royes couvertes », et d’entretien est signée entre les propriétaires et la commune en 1844. Cette installation ainsi que l’accord entre les parties sont toujours de mise à l’heure actuelle.

Les nymphées sont des éléments décoratifs des parcs et jardins, qui contribuent à magnifier la source et l’eau, considérée dans l’Antiquité comme un des quatre constituants fondamentaux de tous les corps avec le feu, la terre et l’air. Au-delà des simples définitions esthétique et architecturale, il existe une part culturelle souvent oubliée. Tous les éléments constitutifs contribuent à l’accueil de la nymphe pour lui procurer un environnement calme, serein et mystérieux ; les pierres trouées irrégulières et mouvementées rappellent les entrailles de la terre et favorisent une végétation sauvage comme la mousse et le lierre dans une ambiance humide. Le promeneur apprécie cet endroit calme et frais ; il est invité à s’y assoir sur les bancs de pierre. Le bruissement de l’écoulement de l’eau, son mouvement, sa limpidité et la couleur de ses reflets, l’impression de fraicheur, sont autant de qualités qui éveillent les sens et qui agrémentent les paysages dans une recherche esthétique et une sensation de bien-être pour l’homme.

Tous nos remerciements à Marc LECHIEN du Conseil d’Architecture d’Urbanisme et d’Environnement de la Haute-Marne (CAUE), pour son érudition et son aide précieuse apportée pour la bonne compréhension du parc de Saint-Michel.

Dans le glossaire :
potentiel hydrogène  

Documents :
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Positions   Recaler

Lat: 47° 57' 04.13" N
Lon: 5° 44' 45.68" E
Bourbonne-les-Bains - Fontaine chaude


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