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Georges FRESET

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Publié le 29 mai , par THENARD Michel dans L’art et l’eau

Georges Fréset, le peintre pour qui la nature fut un royaume.

Si la campagne fut pour Marcel Arland et Roger Clérici un refuge, elle le fut aussi pour Georges Fréset. L’intensité qu’il donne aux paysages et aux sous-bois à travers ses toiles en offre un vivant témoignage. Ce sont des scènes entre réalité et rêve qui invitent à y entrer de plein fouet. Visite au paradis terrestre de Georges Fréset...

Ceux qui ont connu cet homme ont dit de lui qu’il était distant, froid, fermé, disons avec plus de discernement réservé. C’est là un trait commun aux Lorrains et aux Francs-Comtois dont il était, tandis que l’épreuve est venue apporter sa marque de méfiance. Oui, l’enfance malheureuse a laissé des traces ! L’absence de parents dès la petite enfance est à jamais irréparable, rien ne parvient jamais à remplacer ce besoin vital. Toujours appelé par son nom, il lui fallut la rencontre d’Irène Balandier, sa femme, pour qu’il entende prononcer son prénom. Pour échapper à la rigueur des éducateurs successifs, l’enfant trouvait consolation dans les prés et les jachères fleuries, les champs de céréales, la profondeur des bois, la lumière à travers les feuillages. Sa retraite était un arbre creux où il allait étrangler les sanglots que faisaient monter les remarques des tuteurs et les brimades des camarades. Autour de lui, dans sa solitude, il observa beaucoup, se confia souvent, emmagasina immensément et, l’heure venue, traduisit par le pinceau ce que d’autres exprimèrent par les mots, par les vers, chacun avec sa touche personnelle. Mais avant, il y eut en surplus la campagne de Salonique comme Maurice-Constantin-Weyer avec des blessures physiques et morales. En poste d’instituteur aux Larmets, un hameau du plateau des mille étangs, l’âme gorgée de nature, Georges Fréset entra enfin dans l’expression picturale de ses thébaïdes. L’oeuvre s’étoffa comme grandit la foi, devient une délivrance pour lui, et offrit aux regards des autres des parts d’éden.

Crédits: Musée municicipal de Bourbonne-les-Bains / photo Agence Bruno Decrock Reims.
La fin de l’été aux environs de Bourbonne-les-Bains, 1963

Ses maîtres ? Jules Adler, René Xavier-Prinet. Des expositions ? Galeries Chardin, Maurice, Charpentier à Paris, puis en province. Une école ? Non, une libre indépendance ! Sinon quelques influences de courants qui le rapprochèrent de certains maîtres. Avant tout l’inspiration et la poésie ! Avec le recul, Georges Fréset fut de ceux dont l’oeuvre reste indissociable de l’homme. Ce qui caractérise cette oeuvre c’est l’abondance végétale. La densité forestière est presque totale dans les bois gravés dont il illustre "Les Caresses" de Marcel Donjon. Ses bois gravés et ses huiles forment un tout végétal et minéral de forêt originelle, une forêt vierge de toutes agressions tant naturelles qu’humaines, sinon des paysages au ciel menaçant, épais et tumultueux. Une petite exception pourtant à ses créations bien remplies avec des dessins au fusain et à la craie où le chardon, le papillon et la végétation d’un ruisseau évoquent la marqueterie art nouveau.

Crédits: Musée municipal de Bourbonne-les-Bains / photo Agence Bruno Decrock Reims
La porterie du château de Bourbonne-les-Bains, 1940

Georges Fréset aimait jouer avec les volumes, des volumes aux courbes arrondies tels que les chaînes de ballons vosgiens, les cascades de pierres sous les sapins, ou les monts Faucille et les sous-bois bourbonnais. Il montra un certain talent à travailler les perspectives. Grâce à une succession de plans, ses toiles prirent de la profondeur. Il y avait aussi chez Fréset une volonté à mettre ses sujets en vie, de leur attribuer une respiration invisible. Le figé n’était pas son affaire. Pour les plus austères de ses sous-bois, la vie, au pire, était derrière chaque élément. Sur ses toiles, la végétation est le plus souvent ample, luxuriante. Un modèle de biodiversité pour les plus écologistes d’entre nous ! Les arbres ont du panache, les feuilles semblent faire des révérences à la terre qui les a engendrées. Une terre riche, bien ensemencée, parfaitement irriguées. Voyez la robustesse des troncs de feuillus ou d’épicéas solidement enracinés ! Appréciez la légèreté des feuillages qu’un souffle sur la toile pourrait presque animer. Quelques fois, les parterres de fleurs sur les toiles de Fréset deviennent des bouquets, mais à cent lieux d’une nature morte. S’il a sur les toiles de Fréset deviennent des bouquets, mais à cent lieux d’une nature morte. S’il a abordé la nature morte, ce fut plus par curiosité que par goût. Les couleurs ? Importance du mauve en transition entre le vert et le bleu. Un mauve qui tourne au rose sur les ailes des papillons. Des ocres par touches délicates qui viennent réchauffer la toile. Et la force de ses jeux de nuances ! Georges Fréset n’a cessé de s’émerveiller sur les couleurs des fleurs dans la nature, de s’interroger sur leur peintre divin, raconte aujourd’hui encore son jeune ami Paul Krautter auquel il aimait à rendre visite en ses serres. Les toiles les plus touchantes sont ses sous-bois, au ras des fougères, à hauteur des ombelles   ou des toiles d’araignées perlées de rosée. Là fut le microcosme de l’enfant ramassant des fruits rouges ou des baies sauvages, des feuilles et des fleurs pour son herbier, des papillons pour sa collection, des brindilles ou des petits minéraux. Quand on referme l’album de la collection Fréset, ce sont ses fougères plus que tout qui restent en mémoire.

Crédits: Musée municipal de Bourbonne-les-Bains Photo Agence Bruno Decrock Reims
Sous-bois vosgien à l’automne 1959

La vie de ce paysagiste, qui a passé tant d’heures en communion avec la nature, s’achève à la manière d’un conte touchant dont les circonstances peuvent s’interpréter comme le dernier appel de la forêt. Dans les bois de Coiffy qu’il connaissait parfaitement, on le retrouva assis au pied d’un arbre frappé d’amnésie et épuisé. Emportant avec lui cette ultime promenade forestière, il partit quelques heures plus tard rejoindre ses amis, sur les tombes desquels il posait à chaque Toussaint des boules de chrysanthèmes. Paulette et Léon Gigot l’ont sacré à jamais "Magicien des près et des bois".

Michel Thénard

Remerciements au Musée municipal de Bourbonne-les-Bains.

Mis en ligne par Annita Fourtier

Dans le glossaire :
Inflorescence en ombelle   flore   potentiel hydrogène

Documents :
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La porterie du château de Bourbonne-les-Bains, 1940

Huile sur toile 55 x 46 cm Don 2007  

Sous-bois vosgien à l’automne 1959

Huile sur panneau 128 x 96 cm. Don de Mme Lambret-Fréset 1997  


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