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Le mystère de l’eau dans notre corps et l’usage des Simples.

Publié le 27 janvier , par BOCHATON Jacques dans Flore et faune

Notre corps est composé de plus de 65% d’eau. Pour une personne pesant 70 kg, son corps contient 45 litres d’eau. Celle-ci se trouve surtout à l’intérieur des milliards de cellules qui le composent. Elle est encore présente dans le milieu extracellulaire : plasma, lymphe, urine. Nous consommons en une vie plus de 60000 litres d’eau. Chaque jour nous absorbons 3,5 litres d’eau par la boisson et les aliments. Si l’organisme perd 15% de son eau, il meurt.


Ilustration en image de synthèse par James GONCALVES alias Hergosc

Mais l’eau que nous consommons ne contient pas que la molécule H2O. Elle apporte des sels minéraux et des oligo-éléments dont la nature et la quantité varient selon son origine. L’eau du Pays de Langres est de bonne qualité (une fois rendue potable) mais il faut rester vigilant car les taux de phosphates et de nitrates tendent à augmenter de manière préoccupante. Malgré toutes ces qualités, notre corps souffre de maux divers. Pour y remédier, on faisait autrefois appel à certaines plantes, les Simples. Aujourd’hui on utilise des remèdes fabriqués par l’industrie pharmaceutique qui contiennent la molécule active adéquate. Ils sont généralement efficaces quoique pouvant entraîner des effets secondaires indésirables. Des études ont montré que les Français consomment trop de médicaments.
L’utilisation des Simples suffirait amplement pour un bon nombre de nos compatriotes. Au contact des quatre éléments : l’eau, la terre, l’air, le soleil, ces êtres vivants mettent en œuvre une alchimie complexe qui aboutit à des substances nombreuses aux vertus le plus souvent bienfaisantes mais parfois dangereuses. Il faut apprendre à les reconnaître et s’assurer avant de les cueillir qu’elles ne figurent pas sur la liste des plantes rares protégées par la loi. On se gardera de les utiliser à des fins d’automédication. Seules les plantes pouvant apporter un confort à sa santé seront prélevées. Les principes actifs sont localisés dans différentes parties selon les espèces : bourgeon, feuille, fleur, fruit, baie, graine, tige, écorce, racine, sécrétion, rhizome. Durant l’Antiquité, la cueillette des plantes obéissait à des rites étranges que l’on devait respecter scrupuleusement. Ainsi, au lever du soleil du solstice d’été la récolte des plantes solaires pouvait commencer. On invoquait les dieux solaires : Apollon (Romains), Bel (Gaulois).

Apollon. (Pantheum mythicum, F. Pomey. MDCCI).

Pour les plantes à caractère lunaire, la cueillette ne s’effectuait que durant la lune montante et de nuit. On adressait des suppliques à Belisama (Gaulois), Epona (Gaulois), Cybèle, (Grecs et Romains), Artémis (Grecs) ou Diane (Romains). La magie des sèves n’opérait qu’à ces moments là. Ovide, dans le VIIème livre des Métamorphoses, décrit le rituel complexe de la magicienne Médée partie à la recherche de simples : « … Elle tourne trois fois sur elle-même. Trois fois elle s’asperge d’une eau puisée à un cours d’eau... elle pousse un triple cri rituel dans le silence nocturne... ». Des ouvrages spécialisés précisent à quelle saison il est préférable de les récolter, la façon de les conserver et de les employer. En parcourant les sentiers qui longent lacs et ruisseaux vous trouverez de nombreuses simples qui ne peuvent vous faire que du bien. Évitez cependant de les cueillir trop près des champs traités aux pesticides et herbicides, des routes trop fréquentées. Dans certains lieux, il est interdit de prélever des plantes : parcs nationaux ou naturels, réserves biologiques.

Epona. (Musée de Langres).

Cybèle (Pantheum mythicum, F. Pomey. MDCCI).

Diane (Pantheum mythicum, F. Pomey. MDCCI).

Il existe plusieurs façons de les employer. En usage externe sous la forme de lotions, compresses, frictions, bains, gargarismes, massages, cataplasmes ou en usage interne, consommées crues (bien lavées), cuites, bues en infusion, décoction, macération.
Je vous donne quelques précisions techniques :
l’infusion : plongez une partie de la plante (feuilles, fleurs...) dans de l’eau frémissante, attendez quelques minutes et filtrez.
La décoction : faites bouillir la plante une dizaine de minutes et filtrez.
La compresse : appliquez sur la peau un linge trempé dans une infusion.
Le cataplasme : préparez une pâte à base de farine de graines (lin, moutarde) et d’eau. Faites la chauffer, étalez-la sur un linge. Appliquez à chaud sur la peau.
Le bain : versez l’infusion ou la décoction de la plante dans 3 à 4 litres d’eau chaude. Si le bain concerne le corps entier il faut prévoir 500g de plantes.
La macération : Laissez tremper la plante dans de l’eau ou dans de l’huile ou encore dans de l’alcool durant ½ journée. Filtrez et buvez le liquide soit à la température ambiante soit légèrement chauffé.
Le sirop : ajoutez du miel ou du sucre à une infusion ou à une décoction. Chauffez le mélange obtenu. (Les diabétiques doivent s’en abstenir car il y a trop de sucre).
Les onguents : les principes actifs des plantes sont dissous dans des substances grasses telles que la vaseline, l’huile d’olive, la lanoline et la graisse animale.
Les lotions : utilisez les infusions, les décoctions, les macérations comme produits de massage.
Les frictions : utilisez plutôt des huiles essentielles et massez vigoureusement.
Voici quelques exemples, juste pour vous donner un petit aperçu de cette mystérieuse et fantastique pharmacopée.
1) Des simples pour favoriser la digestion : repérez les différentes espèces de Menthes qui peuplent les bords des lacs et des ruisseaux et dont l’odeur de leurs feuilles froissées ne trompe personne. Des infusions régulières de leurs feuilles facilitent les processus digestifs. A cette plante vous pouvez ajouter l’Angélique vraie, la Mélisse, la Valériane et l’Aspérule odorante.
2) Des simples pour améliorer le transit intestinal : l’Eupatoire, plante de plus de 1m de haut que l’on rencontre sur le chemin de hallage du canal, le Pissenlit qui colore au printemps les prés de mille petits soleils, la Chicorée dont les belles fleurs bleues apparaissent en été le long des sentiers, la Mauve qui croît dans les zones humides, vont mettre un terme à une constipation passagère. La Bistorte qui aime avoir ses racines et tige dans l’eau, la Renouée des oiseaux, la Salicaire et ses grappes de fleurs roses épanouies au bord des ruisseaux, la Pimprenelle que l’on trouve dans les prairies humides vont au contraire ralentir un transit trop rapide. Elles sont astringentes et hémostatiques.
3) Des simples pour renforcer l’activité du système urinaire : la Primevère officinale appelée couramment Coucou qui fleurit au printemps dans les prés, la Grande Ortie qui borde les talus, le Fraisier des bois et ses fruits qui jonchent les sentiers pédestres des quatre lacs, la Prêle ou Queue de renard très présente dans les fossés gorgés d’eau, l’Asperge sauvage que l’on rencontre sur les pentes des combes boisées et fraîches, l’Ail des ours et son odeur caractéristique, vont stimuler les reins, augmenter la diurèse (production d’urine), empêcher la formation de calculs, lutter contre les bactéries à l’origine d’infections urinaires, éliminer les toxines, l’urée et l’acide urique.

4) Des simples pour régulariser le fonctionnement de l’appareil génital féminin : la Grande Ortie, le Fenouil sauvage, le Cumin, favorisent la sécrétion lactée chez les femmes qui allaitent. La Pervenche et ses belles fleurs bleues que l’on rencontre au bord des lacs a une action opposée. On peut l’utiliser pour mettre un terme à la lactation. L’Onagre et ses fleurs jaunes pâles qui se renouvellent chaque jour, l’Anémone pulsatile qui fleurit dès le mois de mars sur les talus herbeux, la Sauge et ses fleurs de couleur bleu profond très fréquente sur les talus calcaires, stimulent la fonction ovarienne et le système hormonal. La Mélisse ou Citronnelle à l’odeur caractéristique de ses feuilles, la Camomille qui blanchit les prés, la Verveine aux fleurs discrètes, les Menthes, l’Ortie blanche qui ne pique pas, l’Epiaire que l’on rencontre dans les sentiers ombragés, le Saule blanc qui peuple les rives de nos lacs et rivières vont calmer les douleurs de la dysménorrhée (irrégularité de la fonction menstruelle). Ce sont des plantes antispasmodiques, emménagogues.
5) Des simples pour équilibrer le métabolisme : le Fraisier des bois, le Groseillier à maquereau, la Prêle, vous apporteront des minéraux et oligo-éléments. La Laitue sauvage, la Valériane commune dans les zones humides, la Marjolaine, ont une action sédative et calment l’anxiété qui est souvent à l’origine de la boulimie. L’Ail, la Pervenche, la Myrtille, la Sauge, la Bardane et ses fameux capitules munis de crochets que les enfants se lancent comme projectiles, le Sceau de Salomon et son chapelet de fleurs blanches, ont une action hypoglycémiante et peuvent donc convenir aux diabétiques (sans devoir se substituer aux médicaments prescrits).

6) Des simples pour soulager les douleurs de l’appareil locomoteur : la Valériane, la Verveine, l’Ail, l’Onagre, le Salsifis des prés, la Grande Ortie, le Sapin, la Primevère officinale, le Serpolet fréquent sur les pelouses sèches mais parfois non loin des sources comme c’est le cas pour la Marne, la Camomille, les Menthes, l’Eupatoire, l’Origan, atténuent les douleurs rhumatismales. Certaines s’appliquent par voie interne, d’autres par voie externe.
7) Des simples pour soigner la peau : la Chélidoine aux fleurs jaunes que l’on trouve dans les fissures des vieux murs notamment ceux des fontaines de Langres sécrète un suc orange que l’on applique sur les verrues. La Pulmonaire ou Coucou bleu qui vit dans les zones humides et reconnaissable par ses grappes de clochettes aux couleurs virant du rouge au bleu, le Fraisier des bois, le Lierre, agissent sous forme de compresses sur les crevasses. La Grande Consoude, la Mauve, le Trèfle, soulagent par des compresses la peau irritée. L’Onagre, L’Oseille des prés, l’Achillée mille-feuille commune dans les zones humides, la Bardane, les Pensées sauvages, le Sureau noir que l’on voit dans les haies, le Millepertuis ou Herbe aux mille trous dont les fleurs jaunes s’épanouissent dans les talus des sentiers de randonnées, appliqués en compresses, en lotions, ou sous forme d’huile, sur la peau améliorent son aspect surtout dans le cas de l’acné.
Voici une recette pour obtenir de l’huile de millepertuis : prélevez 100g de sommités fleuries, laissez sécher puis faites les macérer 1 mois dans 250g d’huile d’olive. Remuez le tout quotidiennement. Filtrez et placez l’huile dans des petits flacons hermétiques à l’abri du soleil.

Conclusion : Plus la biologie se développe et plus l’Homme mesure l’importance de l’eau dans l’organisme. Cette minuscule molécule : H2O renferme un pouvoir mystérieux qui dépasse notre entendement. Mais parler de l’eau c’est aussi parler des substances qui l’accompagnent. Les plus intéressantes sont contenues dans les Simples. Elles élaborent voilà plusieurs milliards d’années des molécules complexes qu’elles mettent à notre disposition. A nous de les découvrir. Retenons cette phrase écrite voilà plus de 3500 ans : « … Vous les Eaux, donnez sa plénitude au remède, afin qu’il soit une cuirasse pour mon corps, et qu’ainsi je voie longtemps le Soleil... » (Rig Véda).

Mise en ligne : James Goncalves.
Crédits photos : Jacques Bochaton.


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2 Messages

  • Une excellente recherche sur les plantes qui forment notre si belle pharmacopée naturelle et du souvent oublié
    Ce retour à la nature apporte un équilibre plus naturel à notre corps sans intoxication chimique
    Bravo pour cet excellent article

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    • Bien chère Martine,

      Je vous remercie pour votre message d’outre-Manche. Je connais et j’apprécie votre passion pour la peinture qui vous conduit régulièrement dans la nature et tout spécialement dans les milieux où l’eau est magnifiée ! Du reste, les Anglais se portent aussi bien que nous sinon mieux et consomment deux fois moins de médicaments. La tradition du Tea time a bien des vertus !

      Je vous souhaite de belles balades dans le Dorset !

      Jacques

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