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Les jardins d’eau à la Renaissance.

Publié le 9 juin , par BOCHATON Jacques dans l’eau dans la littérature

La Renaissance fut une période favorable à la création d’espaces de loisirs pour les rois, les princes, les prélats et autres dignitaires écclésiastiques d’Europe. Ceux-ci firent appel à des ingénieurs hydrauliciens italiens réputés pour aménager de sompteux jardins aussi bien dans les capitales que dans des cités plus modestes. (1) Des mécanismes hydrauliques plus ingénieux les uns que les autres animaient un panthéon fantastique provoquant l’admiration des hôtes venus parfois de loin.
Parmi ces personnages, j’ai choisi Michel de Montaigne (1533 – 1592) qui, atteint de la gravelle, décida en juin 1580 de parcourir les cités thermales de Lorraine, d’Allemagne, de Suisse et d’Italie afin de trouver la meilleure thérapie. Il en profita aussi pour découvrir les riches cités situées sur son parcours. (2)


Portrait de Michel de Montaigne. (3)

Les automates à jeux d’eau :
A Tivoli il visita le merveilleux jardin du cardinal de Ferrare. L’eau qui dévale la montagne nous dit-il est canalisée et tombe dans une cave poussant l’air et le conduisant dans des tuyaux de dimensions différentes. Une roue mise en mouvement par la force de l’eau possède des dents qui actionnent un clavier. Il s’agit d’un orgue hydraulique automatique que l’on va retrouver dans d’autres palais princiers. Toujours dans ce même jardin et sur le même principe on voit et on entend des oiseaux mécaniques qui chantent puis se taisent à l’arrivée d’un hibou mu par des ressorts. Des bruits pareils à des coups de canons et d’arquebuses retentissent.

Orgue hydraulique automatique. (Bnf).

Fontaine présentant des automates animés par un système hydraulique. (BnF).

Langres reçoit François 1er.
Ce roi (1494 – 1547) est la figure emblématique de la Renaissance en France. Il avait à sa cour des écrivains, poètes, peintres, sculpteurs, musiciens, décorateurs sans oublier des ingénieurs hydrauliciens... Il fit bâtir de nombreux châteaux : Blois, Amboise, Chambord, Fontainebleau, Saint-Germain-en-Laye... leurs parcs et jardins attenants.
Ils se rendit 4 fois à Langres (1521 – 1533). Les Langrois le reçurent en grande solennité. Sous l’impulsion du cardinal de Givry (1529 – 1561), les réceptions furent particulièrement grandioses et animées de l’esprit de la Renaissance. Lors de sa dernière visite, les festivités imaginées par Jean Duvet (1485 – 1570) (4) comportaient des scènes mythologiques de l’Antiquité romaine : trois jeunes filles représentaient les déesses : Pallas, Junon et la cité de Langres accompagnées de six amazones. Un peu plus loin, sur un échaffaud le roi put admirer un groupe de personnages allégoriques : Cérès coiffée de blés d’or et tenant une corne d’abondance, Bacchus entouré d’enfants couronnés de grappes de raisin et tenant des thyrses. Près d’un moulin bâti pour la circonstance, le dieu Mars tenait un bouclier d’or debout dans une nef munie de ses voiles. Pour rendre la scène plus authentique, une machine soulevait les eaux...

Cérès, Déméter ou encore Perséphone, était la déesse de l’agriculture. Elle se tient debout un flambeau à la main, attribut rappelant son pouvoir sur les Enfers et donc sur la mort.

Pallas ou Minerve, déesse de la sagesse, de la guerre, des arts, sciences et lettres, porte le péplos (vêtement long), une cuirasse de peau de chèvre ou égide et un casque. Elle tient une lance de la main droite et un bouclier orné de la tête de Méduse de la main gauche. A l’arrière on devine une chouette attribut de la divinité. La présence du coq renforce l’aspect fougueux et combattif de la divinité.

Char portant des figures allégoriques de l’Antiquité romaine. (BnF).

Bacchus tenant le thyrse et accompagné d’une panthère. Dieu non seulement de l’ivresse physique mais aussi de l’extase mystique. (Mosaïque gallo-romaine du Musée de Langres.)

Bacchus, jeune, couronné de feuilles de vigne est assis sur un char. Un satyre, monté sur un lion et accompagné d’une panthère conduit la divinité. En tête du cortège on peut voir les porteurs de thyrses et les ménades frappant leur tympanum. Dans l’ombre, 2 faunes grapillent du raisin. On distingue encore en fin de cortège, le vieux Silène ivre monté sur un âne. (Pantheum Mythicum. F. Pomey. M.DCCI).

Junon trône sur un char tiré par un couple de paons, ses oiseaux favoris. Elle présidait au mariage et favorisait les accouchements. (Pantheum Mythicum. F. Pomey. M.DCCI).

Mars, dieu de la guerre, cuirassé, casqué, armé d’une lance et d’une épée se tient debout sur un char tiré par 2 chevaux : Deimos (la Terreur) et Fuga (la Fuite). Devant le char, une femme court la tête hirsute. Il peut s’agir de Pavor (l’Epouvante) ou de Furor (la Fureur). (Pantheum Mythicum. F. Pomey. M.DCCI).

Neptune ou Poséidon, dieu des domaines aquatiques, est tiré sur son char par des chevaux marins. Il porte une longue barbe, tient son attribut favori, le trident, symbole de son pouvoir sur les 3 espaces : les mers, les fleuves et les fontaines. A son côté Amphitrite, néréide et son enfant Triton soufflant dans la conque marine. (Pantheum Mythicum. F. Pomey. M.DCCI).
Des automates hydrauliques installés dans les jardins de Saint-Germain-en-Laye :
Le roi Henri IV (1553 – 1610) poursuivit en matière artistique l’oeuvre de François 1er. Il fit appel à Pratolino Tommaso Francini (1571-1651) de réputation internationale dans l’art d’aménager des jardins enrichis de fontaines et d’automates hydrauliques. En 1598, cet ingénieur hydraulicien mit en scène dans le jardin de Saint-Germain-en-Laye, des êtres mythologiques : monstres marins, Diane prenant son bain, Neptune muni de son trident... qui s’animaient au passage des promeneurs. Un autre automate sous la forme d’une femme activait le clavier d’un orgue et mêlait sa voix à celle de l’instrument.
En 1623, il fut nommé « Intendant des eaux des fontaines, grottes, mouvements, aqueducs, artifices et conduites d’eau des maisons, châteaux et jardins de Paris, Saint-Germain-en-Laye, Fontainebleau. » (5)

Grotte d’Orphée de St-Germain-en-Laye. (BnF).

Un autre automate sous la forme d’une femme activait le clavier d’un orgue et mêlait sa voix à celle de l’intrument.

Le bassin du parc de Blanchefontaine possède virtuellement une naïade créée dans le plus pur style de la Renaissance. (6)

Conclusion :
La Renaissance a incontestablement changé le rapport de l’Homme à la nature. Des ingénieurs hydrauliciens mirent leur science au service de l’art des jeux d’eau. Ils utilisèrent la puissance de l’eau non seulement pour créer toutes sortes de figures aquatiques mais aussi pour diffuser de la musique programmée et redonner vie aux personnages mythiques de l’Antiquité sous la forme d’automates. On peut cependant regretter que ces lieux paradisiaques ne bénéficièrent qu’aux puissants. Des manifestations urbaines sporadiques notamment lors de la venue des rois venaient heureusement apporter de la joie au peuple. Ce fut le cas pour Langres à plusieurs reprises. Cette cité appartenant au limes du Royaume de France a toujours été fidèle aux différents rois qui en retour lui accordaient quelques largesses.

Textes de Jacques Bochaton.
Mise en ligne : James Goncalves

Notes et Bibliographie :
(1) Mariano di iacopo, dit Taccola (1382-1458), leon Battista alberti (1404 - 1472) et Léonard de Vinci (1452 – 1519).

(2) Journal du Voyage de Michel de Montaigne en Italie, par la Suisse et l’Allemagne, en 1580 et 1581. http://data.bnf.fr/11970594/michel_de_montaigne_journal_de_voyage/
(3) http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84010182.r=Michel%20de%20Montaigne%20Portrait?rk=21459;2
(4) Graveur, ciseleur, orfèvre des rois François 1er et Henri II. Il illustra l’Apocalypse de saint Jean par 28 gravures exceptionnelles, ouvrage qui le rendit célèbre. On lui confiait les scénographies et décors lors des visites royales. L.E. Marcel « Le Cardinal de Givry évêque de Langres ». M. CM. XXVI. p. 280

(5) Les grottes sont décrites par Abel Goujon dans Histoire de la Ville de Saint Germain-en-Laye, suivie de recherches historiques sur les dix autres communes du canton (Saint-Germain, 1829). Le livre et les illustrations sont accessibles sur Gallica.

(6) Ce personnage est une image de synthèse créée par M. James Goncalves.

Dans le glossaire :
faune   potentiel hydrogène  

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Lat: 47° 57' 04.13" N
Lon: 5° 44' 45.68" E
Bourbonne-les-Bains - Fontaine chaude


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