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André THEURIET

Publié le 17 février 2016 , par FOURTIER Annita dans L’art et l’eau

Extraits des oeuvres d’André Theuriet décrivant le paysage haut-marnais, rédigés par E.David.


André THEURIET (1833-1907)
Poète, romancier et auteur dramatique français.

Claude-Adhémar André Theuriet voit le jour le 8 octobre 1833, à Marly-le-Roi (Yvelines), d’un père bourguignon et d’une mère lorraine de Bar-le-Duc. En 1838, toute la famille arrive à Bar-le-Duc où son père est nommé receveur des Domaines. C’est là que le futur écrivain passe toute son enfance, « là que sa sensibilité à la Nature et son éveil poétique ont pris naissance. » Entré au collège en 1843, il se nourrit de poésie, de lectures diverses et découvre les grands auteurs. Bachelier es Lettres en 1851, à Paris, puis bachelier en Droit, en 1855 il est nommé à l’administration des Domaines à Damvillers (Meuse). C’est par un après-midi d’octobre 1856 qu’il arrive à Auberive pour prendre son premier poste de receveur de l’Enregistrement où son bureau l’attend à l’Hôtel du Lion d’ Or. Il y assurera cette fonction pendant deux ans et demi jusqu’au début de l’année 1859. C’est là qu’il fera la connaissance de Camille Fistié qui deviendra son meilleur et fidèle ami. De 1859 à 1863, à Tours, puis à Amiens, il devient chef de bureau à l’Enregistrement au ministère des Finances. En 1870, il rencontre Hélène Narat qui deviendra, en 1880, son épouse en même temps que sa muse et sa conseillère littéraire. En 1886, il quitte l’Administration pour une retraite anticipée à Bourg-la-Reine. Il en sera le maire d’avril 1894 jusqu’en 1900.Il reçoit l’insigne de chevalier de la Légion d’honneur en 1879 , puis est promu officier de la Légion d’honneur en 1895. Il est élu membre de l’Académie française le 10 décembre 1896 au fauteuil d’Alexandre Dumas fils. Il a la douleur de perdre son ami de toujours Camille Fistié, puis son épouse en 1901. Atteint d’un cancer du colon, il s’éteint le 23 avril 1907, non sans avoir voulu revoir Auberive une dernière fois. Il est inhumé au cimetière de Bourg-la-Reine.( Hauts-de-Seine )

Il laisse une œuvre littéraire importante, riche de 286 titres : des poésies, des romans et nouvelles, des pièces de théâtre et des comédies. Toute son œuvre est empreinte de son amour de la Nature, des terroirs, des forêts et des villages qu’il a connus.
« André Theuriet a su, à travers son œuvre, faire chanter les champs, les bois ainsi que l’humble population de nos vieux villages de la Montagne de Langres. »

Sources : Alain Catherinet « André Theuriet Un poète à Auberive de 1856 à 1859 »

Quelques extraits d’œuvres inspirées par ses impressions et ses souvenirs, lors de son séjour à Auberive.

« Me voici installé dans mon bureau, dont l’unique fenêtre donne sur les jardins et sur la campagne.
A travers les vitres et par-dessus une rangée de cerisiers effeuillés, j’aperçois un bout de route tournante, puis les prés blancs de givre, où le cours sinueux de la Prêle est marqué par des bouquets de saules et d’oseraies. Sur les versants, des champs labourés encadrent la vallée de leurs sillons nus. Tout au fond, dans une brume légère, des massifs boisés ferment l’horizon… » (Eusèbe Lombard).

« Grâce à lui,(Camille Fistié) je devins plus assidûment épris de la forêt, et je m’initiai aux mœurs des gens des bois. J’appréciai alors pleinement les beautés de ce sauvage pays d’Auberive, et je bénis l’heureux hasard administratif qui m’y avait amené.— Les combes ombreuses où de minces filets d’eau sourdaient au fond des entonnoirs feuillus, les fermes solitaires enclavées dans les bois, les silencieux pâtis semés de genévriers, les futaies solennelles comme un temple (…) ; tout ce monde mystérieux d’arbres, d’oiseaux et de fleurs agrestes, me devint familier et cher . » (Souvenirs des vertes saisons).

« Bay s’étage en amphithéâtre avec la rivière à ses pieds, et sur sa tête, comme un diadème, sa petite église romane ; dans le fond, Auberive repose à l’abri de sa triple enceinte de forêt. » ( Sous-Bois )

« Rochetaillée. Jamais village n’a mieux mérité son nom. Bâti sur les deux versants d’une gorge étroite et pierreuse, il est coupé par l’Aujon, qui se fraie difficilement un chemin entre les roches et les broussailles. De chaque côté de la rivière, les maisons étagées sur les terrasses se regardent sans pouvoir se rejoindre. Un long pré vert les sépare, et sur la gauche un antique manoir, qui fait songer aux romans de Walter Scott, élève au-dessus de la prairie les débris de ses tours transformées en pigeonniers. Un cimetière en pente avoisine le manoir… (Sous-Bois)

Rouelles. « L’hiver s’annonça par un âpre vent du Nord qui acheva d’effeuiller les hêtres de la forêt.—Les ruisseaux devinrent silencieux et la glace emprisonna les joncs de la Peutefontaine. Les arbres s’étoilaient de givre ; sur la blancheur bleuâtre et poudroyante des bois, les feuillages tannés et persistants des chênes tranchaient seuls… » (Sauvageonne) .

« De là, elle voyait à cent pas le ruisseau glissant comme une couleuvre entre les oseraies, puis les maisons du village dont les cheminées envoyaient toutes dans la même direction leurs colonnes de fumée(…) ; plus haut, sur le grand plateau qui domine Vivey et où les dernières vagues de la forêt viennent expirer, les alouettes chantaient au-dessus des chaumes. » (Raymonde)

« Le silence était si profond qu’elle distinguait au loin le bouillonnement de l’Aube dans les vannes du moulin de Bay et, plus solennel encore que le silence, le ciel s’arrondissait au-dessus de sa tête. » (Lys Sauvage)

A propos du « Rapport d’Amorey » (fête populaire qui avait lieu à la Saint Michel, le 29 septembre)
« … Parfois un couple se détachait de la danse et montait vers les bouquets de trembles où la source miraculeuse glissait en nappes claires sur des gradins naturels et finissait par se creuser un réservoir dans le tuffeau. La principale propriété de cette eau calcaire consistait à pétrifier lentement les racines et les mousses sur lesquelles elle coulait ; mais de cette vertu la jeunesse campagnarde se souciait médiocrement, et la croyance populaire lui en attribuait une autre plus merveilleuse : celle de prédire aux filles si elles se marieraient promptement. La consultation de l’oracle se pratiquait de la façon suivante : on jetait une épingle dans le réservoir ; si elle coulait à fond en ligne droite, les épousailles devaient se faire dans l’année ; mais si elle déviait, entraînée par le courant, adieu la noce, et la jeune folle risquait fort de coiffer sainte Catherine. » (Raymonde)

Auberive . « Me voici sur la lisière de la Champagne et de la Bourgogne, dans un coin très accidenté de la Haute-Marne : la « montagne langroise » ; ainsi que l’indique son nom, Auberive est situé au bord Des deux côtés de l’Aube, qui prend sa source à deux lieues de là. Bien que sa position géographique en ait fait un chef-lieu de canton, Auberive est à peine un village : une vingtaine de maisons bourgeoises perchées sur les roches qui dominent la petite rivière, deux ou trois fermes, une chapelle, un moulin, puis les vastes dépendances d’une ancienne abbaye des bernardins, c’est tout ; mais cela présente à l’œil un ensemble pittoresque et original, surtout quand on suit la chaussée qui relie « l’abbatiale » au centre du village. Cette allée plantée de vieux tilleuls touffus se nomme « Entre-deux-Eaux ». Des deux côtés, en effet, l’eau y court le long des talus, limpide, dorée et susurrante. A droite, des lavoirs, creusés dans la roche qui surplombe, sont à demi voilés de lierre, et sous leur ombre bavardent tout le jour battoirs et lavandières ; la roue du moulin jette bruyamment sa pluie de perles au soleil ; les coqs chantent ; les jardins en terrasse sont pleins de clématites et de dahlias. C’est comme une note joyeuse au milieu du silence des bois environnants. (Sous-Bois)

« C’est une allée plantée de tilleuls trapus et bordée à droite et à gauche par les eaux limpides des deux bras de l’Aubotte. Ce chemin, baptisé du nom de « Promenade-Entre-Deux-Eaux », contourne le massif rocheux sur lequel sont bâties la plupart des maisons de Saint-Clair, et relie ainsi le quartier de l’Abbatiale au bourg proprement dit. » (La Pupille de Monsieur de Valbruant)

« …la route qui suit le cours de l’Aube et parfois surplombe à pic au-dessus de la rivière. En cet endroit, l’Aube, encaissée entre des collines boisées, décrit de brusques circuits à travers un terrain bossué et pierreux. Au pied de l’un de ces tertres rocailleux, une forge abandonnée dresse la carcasse noircie de ses bâtiments en ruine et sur la plate-forme du mamelon, une vieille maison basse, trapue et flanquée d’une tourelle carrée à deux étages, se profile sur le fond vert des bois, en face de la route dont elle n’est séparée que par le profond encaissement de la rivière. » (Raymonde)

Dans le glossaire :
potentiel hydrogène  

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Lat: 47° 51' 51.22" N
Lon: 5° 20' 07.14" E
Langres - Cathédrale St Mammès


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