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	<title>Chemins de l'eau</title>
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		<title>Chemins de l'eau</title>
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		<title>Histoire d'Eau dans un roman</title>
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		<dc:date>2019-04-24T17:06:22Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>VUE Blandine</dc:creator>



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&lt;p&gt;Extrait de mon roman : &#034;La colonie. Sur le fil du temps, sur le fil de l'eau&#034;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis assise &#224; la grande table &#224; laquelle je donne mes cours d'allemand. Sous moi, le bief ; par les larges baies vitr&#233;es, je le vois attendre entre les b&#226;timents. Il s'y est fait. L'eau est impassible, et pourtant, l&#224;-bas, la haute chute du barrage ne cesse de d&#233;rouler son large ruban. M&#234;me fen&#234;tre ouverte, je n'arrive pas &#224; percevoir le grondement de la cascade : le suffoquement r&#233;gulier des presses, le battement saccad&#233; (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://chemindeleau.com/-L-art-et-l-eau-.html" rel="directory"&gt;L'art et l'eau&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://chemindeleau.com/local/cache-vignettes/L113xH150/arton261-e7ac2.jpg?1733628468' width='113' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de mon roman : &#034;La colonie. Sur le fil du temps, sur le fil de l'eau&#034;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je suis assise &#224; la grande table &#224; laquelle je donne mes cours d'allemand. Sous moi, le bief ; par les larges baies vitr&#233;es, je le vois attendre entre les b&#226;timents. Il s'y est fait. L'eau est impassible, et pourtant, l&#224;-bas, la haute chute du barrage ne cesse de d&#233;rouler son large ruban. M&#234;me fen&#234;tre ouverte, je n'arrive pas &#224; percevoir le grondement de la cascade : le suffoquement r&#233;gulier des presses, le battement saccad&#233; des pi&#232;ces dans les tambours de sablage le couvrent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis presque faite au tremblement qui &#233;branle le site jour et nuit, &#224; cette table en perp&#233;tuel mouvement qui donne parfois le mal de mer quand on doit fixer une page. C'est le battement de c&#339;ur des forges, leur pouls. Cet incessant s&#233;isme n'est plus per&#231;u par ceux d'ici que lors de son absence. Quand le c&#339;ur ne bat plus, l'usine est morte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accoud&#233;e &#224; la fen&#234;tre, un mot me traverse l'esprit. Les larmes de rivi&#232;re. Je ne pense pas &#224; ici, &#224; ces eaux &#233;paisses, verd&#226;tres, charg&#233;es, o&#249; se complaisent cependant des colverts, quelques ragondins, d'&#233;normes carpes et de fins poissons bleu m&#233;tallique que je peine &#224; voir depuis mon &#233;tage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les larmes de rivi&#232;re. Seule la source a des larmes. Elle na&#238;t &#224; quelques centaines de m&#232;tres de chez moi, comme tant d'autres. Quand elles ne sont pas emprisonn&#233;es par des drains, les sources d'ici ne ressemblent en rien &#224; l'image qu'on se fait d'une source. La source de la Traire est l'une des derni&#232;res qui aient le privil&#232;ge de na&#238;tre sans prison. Ce n'est pas une source abondante et spectaculaire, ce sont, comme les larmes sur les joues, des centaines de menus filets perlant imperceptiblement du moindre trou de souris et se rejoignant entre les aulnes. Les larmes de rivi&#232;re, ce sont aussi toutes les perles de ros&#233;e du matin, toutes ces menues gouttes de pluie qui s'accrochent, peine perdue, &#224; l'ar&#234;te d'un brin d'herbe, avant de ruisseler dans la prairie. La pente et la pesanteur ont raison de leur r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;il suffit rarement &#224; trouver le v&#233;ritable point d'o&#249; l'eau sourd. Il faut &#233;couter. Le chant de la source est un m&#233;lange de p&#233;tillement et d'un tapotement r&#233;gulier semblable &#224; celui de la bruine sur les feuilles. Par endroits, d'&#233;tranges gargouillis, le sifflement de l'eau entre les racines des herbes cr&#233;ent un concert que chaque pas module. Chaque pas module aussi l'eau, bouchant plus ou moins durablement un trou, en r&#233;veillant un autre. Malgr&#233; moi, je joue de la source. Mes semelles activent le p&#233;dalier d'un orgue mi-tellurique, mi-aquatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sources de la Traire, c'est aussi l'une de mes plus &#233;tranges exp&#233;riences avec un animal. Un petit printemps, j'&#233;tais avec mes fils, tout jeunes encore, en qu&#234;te de cette multitude de sources, de sons, en qu&#234;te du parfum d'argile mouill&#233;e et d'herbe renaissante. On m'avait toujours dit que les grenouilles entraient dans les sources en hiver. Je voulais bien le croire, mais j'avais du mal &#224; me le repr&#233;senter. &#192; la sortie de l'un des trous de souris, l'une d'elles semblait pi&#233;g&#233;e. Elle s'&#233;tait enfonc&#233;e, petite encore, &#224; l'automne, avait dormi. Pas l'herbe, dont les racines avaient emprisonn&#233; puis garrott&#233; l'une de ses pattes. Au-del&#224; du garrot, la croissance avait cess&#233;. Nous l'avions d&#233;livr&#233;e et lui avions offert quelques courts jours de survie &#224; l'abri des pr&#233;dateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les larmes de rivi&#232;re coulent sous moi, immobiles d'apparence, mais assez fortes et nombreuses pour entretenir le large ruban. Chacune des gouttes passant ici n'est autre que l'une de ces larmes &#224; la d&#233;rive. Elles auraient sans doute aim&#233; rester l&#224;-bas, aguichant le petit jour &#224; la marge des feuilles. Elles alimentent le flot opaque qui va se briser au pied des vannes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sais o&#249; elles vont, je ne le leur dis pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis accoud&#233;e &#224; la fen&#234;tre, regardant l'eau partir. On ne se lasse jamais de l'eau. Des pas dans le couloir. De quoi meublerais-je mes pauses, si je n'avais la rivi&#232;re sous mes fen&#234;tres ?&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;clear:both;&#034;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mis en ligne par Annita Fourtier.&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;clear:both;&#034;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;dl class='spip_document_3392 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt; &lt;dt&gt; &lt;div class=&#034;boximg&#034;&gt; &lt;a href='https://chemindeleau.com/IMG/jpg/9782343140193r_redim.jpg' title='1&#232;re de couverture.' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://chemindeleau.com/local/cache-vignettes/L365xH595/9782343140193r_redim-8b6aa-0047e-169be.jpg?1733551800' width='365' height='595' alt='1&#232;re de couverture.' /&gt; &lt;/a&gt; &lt;/div&gt; &lt;/dt&gt; &lt;dt class='crayon document-titre-3392 spip_doc_titre' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt;1&#232;re de couverture.&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;&lt;dl class='spip_document_3393 spip_documents spip_documents_right' style='float:right;'&gt; &lt;dt&gt; &lt;div class=&#034;boximg&#034;&gt; &lt;a href='https://chemindeleau.com/IMG/jpg/9782343140193v.jpg' title='4&#232;me de couverture.' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://chemindeleau.com/local/cache-vignettes/L369xH592/9782343140193v-11e4d-4d23f-dc286.jpg?1733551800' width='369' height='592' alt='4&#232;me de couverture.' /&gt; &lt;/a&gt; &lt;/div&gt; &lt;/dt&gt; &lt;dt class='crayon document-titre-3393 spip_doc_titre' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt;4&#232;me de couverture.&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;&lt;/div&gt;
		
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