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Herborisons au bord des chemins de l’eau (5)

Publié le 7 juin 2015 , par BOCHATON Jacques dans Flore et faune

Nous avons vu dans l’article précédent quelques orchidées peuplant les sols frais et humides de notre terroir. Dans cette nouvelle page je vous en décris quelques autres. Certaines d’entre elles préfèrent les pelouses plus sèches, les talus bien ensoleillés. Je vous présente les plus « communes » mais aussi quelques raretés que vous découvrirez en cheminant sur les sentiers de grande randonnée ou sur les layons sylvestres du Pays de Langres. Bonne promenade.


Cet article est la suite de : Herborisons au bord des chemins de l’eau (4).

Orchis pyramidal (Anacamptis pyramidalis)

Crédits: Jacques Bochaton
Orchis pyramidal (Anacamptis pyramidalis)

Le mot « Anacamptis » vient du grec signifiant « recourbé » pour désigner l’aspect de l’éperon. Quant à « pyramidalis », il qualifie la forme pyramidale de l’inflorescence.

Durant les mois de mai et juin vous rencontrerez facilement cette orchidée sur les talus calcaires, les pelouses ensoleillées. Les fleurs, petites, serrées en un épi conique, se parent de couleurs allant du rose carmin au rose très pâle. Les bractées lancéolées ont la taille de l’ovaire. Le labelle  , trilobé, se prolonge par un éperon étroit et recourbé. Les deux sépales latéraux sont étalés à l’horizontale tandis que le sépale dorsal forme avec les pétales un petit casque.

On classe les orchidées parmi les plantes « hermaphrodites », leurs fleurs possèdent à la fois les organes mâles et femelles. Ce mot résulte de la contraction des mots « Hermès » et « Aphrodite », deux divinités majeures du panthéon grec. Le choix du dieu Hermès vient qu’en Grèce on délimitait les lieux sacrés par des pierres dressées que l’on plaçait sous la protection du dieu Hermès (Mercure chez les Romains). Le caractère phallique de ces pierres était évident à l’instar du menhir. Ces deux divinités, symboles de la fécondation, engendrèrent un individu bisexué, « Hermaphrodite ».


Orchis militaire, Orchis guerrier, (Orchis militaris)

Crédits: Jacques Bochaton
Orchis militaire, Orchis guerrier, (Orchis militaris)
Très commune en bordure des routes et chemins, des lisières des bois et coteaux calcarifères de la Haute Marne.

Très commune en bordure des routes et chemins, des lisières des bois et coteaux calcarifères, cette orchidée haute de 30 à 60 cm se reconnaît facilement grâce à son « casque » caractéristique formé des sépales et pétales latéraux. Ses feuilles oblongues, lancéolées et non tachées se dressent à la base de la hampe florale. L’inflorescence est un épi ovale, oblong, de plusieurs dizaines de fleurs rose-cendré.
Le labelle   tripartite et le périanthe confèrent à cette orchidée l’aspect d’un « guerrier ».

Elle fleurit durant les mois de mai et juin. Posez-vous la question : « quel type de casque militaire se rapproche-t-il le plus de celui de cet orchis ? » Barbute ? Bassinet ? Bourguignotte ? Cabasset ? Cervelière ?...

 

Rappel : cliquez sur les images de ce site pour les agrandir. 


Orchis pourpre ou pourpré, (Orchis purpurea)

Crédits: Jacques Bochaton
Orchis pourpre ou pourpré, (Orchis purpurea)

Cette orchidée occupe le même biotope   que l’orchis militaire et fleurit début mai. Du reste, ces deux orchidées s’hybrident facilement.

Ses feuilles sont larges et dressées. Pareille à la précédente, elle possède un casque mais de couleur rouge-brun foncé et son labelle   trilobé, anthropomorphe, blanc, se pique de taches de couleur pourpre. De nombreuses variations de forme et de couleur affectent le labelle : lobes latéraux plus ou moins longs, lobe médian plus ou moins large et incisé aux couleurs allant du pourpre au rose-clair.

Les mots grec « porphyra », et latin, « purpura » ne tirent pas leur origine de la couleur de cette orchidée mais de mollusques gastéropodes marins fréquents sur les bords de la Méditerranée, le genre « Murex ». Ces coquillages produisent la « pourpre » substance qui permettait de teinter les vêtements des hauts dignitaires romains. Du reste, ce mot désigne le vêtement lui même. Les cardinaux de l’Eglise catholique portent des vêtements sacerdotaux ayant cette couleur. Cet orchis pourpré aux allures anthropomorphes mérite bien son nom.


Orchis bouc (Himantoglossum hircinum)

Crédits: Jacques Bochaton
Orchis bouc (Himantoglossum hircinum)

Cette grande orchidée peut atteindre 90 cm de hauteur. Elle possède 6 à 8 feuilles oblongues. Son inflorescence en épi dense de forme cylindrique compte des dizaines de fleurs.

Le mot « Himantoglossum » signifie « langue en forme de lanière » et « hircinum » de « hircus » « qui a l’odeur de bouc ». Ce choix se réfère au lobe médian du labelle particulièrement allongé à la manière d’une lanière ou encore d’un ruban torsadé et aux fleurs qui libèrent un parfum se rapprochant de l’odeur du bouc.

Le périanthe forme un petit casque verdâtre strié de rouge.

Vous la trouverez sur les bords des talus de nos chemins vicinaux et des routes stratégiques qui entourent la cité des Lingons et des nombreux villages alentours.

Cet orchis-bouc a valeur de symbole. Ces attributs reproducteurs et son odeur le rapprochent de l’animal très présent dans les mythologies, les livres sacrés et le folklore planétaire. Lié aux forces génésiques, le bouc était la victime tragique et privilégiée des Dionysies ou Bacchanales. Animal propitiatoire, son sang purifiait les fidèles. Adoré comme un dieu par les uns, maudit car assimilé au diable par les autres, le bouc est un animal qui ne laisse pas indifférent. Mais n’ayez crainte, il vous sera plus facile de rencontrer l’orchis-bouc que le bouc lui même.


Orchis homme-pendu (Aceras anthropophorum)

Crédits: Jacques Bochaton
Orchis homme-pendu (Aceras anthropophorum)

En grec « a-keras » signifie « sans corne », la fleur est dépourvue d’éperon et « anthrôpos » « homme », « phorô » « porter ». En effet, la fleur ressemble à un homme pendu. Son labelle formé de 2 lobes latéraux effilés semble représenter les membres supérieurs. Son lobe médian très divisé donne l’aspect d’un tronc et des membres inférieurs. Le périanthe a la forme d’une tête surmontée d’une capuche.

Cette frêle orchidée jaune verdâtre peuple les pelouses ensoleillées, les talus herbeux. Elle compte 5 à 6 feuilles lancéolées non tachetées.

Sa pollinisation croisée ou allogamie est assurée par des petits coléoptères et hyménoptères. Ce mode dit entomogame est du reste valable pour 95% des espèces d’orchidées. D’une manière générale, les hyménoptères interviennent pour 54% (dont l’abeille d’élevage apis mellifica), 28% des lépidoptères, 12% des coléoptères, 2% des diptères, le reste par d’autres individus telles les chauve-souris, araignées... On mesure l’importance de la qualité de l’environnement pour le maintien de ces espèces.


Orchis mâle (Orchis mascula)

Orchis mâle (Orchis mascula)

Cette orchidée tapisse les prés, les lisières des bois, les bordures des haies lorsque le sol est calcarifère et ce dans tout le Pays de Langres. Haute de 15 à 50 cm, elle fleurit très tôt, dès le mois d’avril. L’inflorescence en épi allongé porte de 6 à 20 fleurs aux couleurs nuancées allant du rose-mauve au rouge-pourpre. Le sépale dorsal et les pétales forment un casque tandis que les sépales latéraux s’étalent ou se redressent. Le labelle trilobé s’éclaircit et se bombe dans sa partie médiane laissant apparaître quelques petites taches rouge-sombre. L’éperon épais, cylindrique, en massue, se redresse.

On lui donne encore les noms vernaculaires d’ « Herbe à la couleuvre », d’« Herbe à la vipère » probablement à cause de la présence de ces reptiles dans son milieu.
Quant au qualificatif « mâle » il surprend étant donné le caractère hermaphrodite des orchidées. On l’appelle encore « Satyrion » mot dérivant de « Satyre » en référence probablement à la forme de ses tubercules et de son éperon.
Certaines variétés d’orchis que l’on rencontre au Moyen Orient auraient des effets hallucinogènes.

On peut ajouter la couleur lie de vin des fleurs qui est celle de Dionysos ou Bacchus, le dieu de la vigne. La mythologie gréco-romaine nous apprend que ce dieu de l’ivresse physique mais aussi spirituelle était accompagné de Satyres dansant avec des Ménades en furie. Le nom « Mâle fou » qu’on lui attribue parfois va dans ce sens.


Néottie nid-d’oiseau (Neottia nidus-avis)

Crédits: Jacques Bochaton
Néottie nid-d’oiseau (Neottia nidus-avis)

Le mot « neottia » en grec signifie le « nid », référence faite à la disposition de ses racines et rhizomes enchevêtrés.

La taille de cette orchidée de couleur brun-jaunâtre varie entre 15 et 40 cm. Ses feuilles de même couleur forment des écailles engainantes sur la tige. On la trouve dans les chênaies, hêtraies, pineraies et sapinières. Les fleurs apparaissent en mai. Le périanthe a l’aspect d’un casque et le labelle est bilobé.

Lorsque les insectes pollinisateurs manquent à l’appel, les pollinies se flétrissent et libèrent le pollen qui tombe alors sur le stigmate. La plante peut donc s’autoféconder.
Dépourvue de chlorophylle  , elle ne peut fabriquer sa propre matière organique (=hétérotrophe). Elle parasite des champignons saprophytes qui vivent sur des racines ou des feuilles mortes. Des échanges complexes s’établissent entre ces 3 individus : l’arbre fournit la matière carbonée : glucides, protides, lipides au champignon qui à son tour apporte l’eau, les sels minéraux à l’arbre. Ils vivent en symbiose. L’orchidée « profite » de ces échanges pour satisfaire ses besoins nutritifs.


Orchis à feuilles tachetées (Dactylorhiza maculata)

Crédits: Jacques Bochaton
Orchis à feuilles tachetées (Dactylorhiza maculata)

« Dactylos » en grec signifie « doigt » et « rhiza » la « racine » référence faite au rhizome digité. « Maculata » signifie « tachée ». Ceci concerne les feuilles vertes couvertes de taches brunes.

Cette belle orchidée fréquente les marais tufeux, les sols humides, argileux, les lisières des bois frais, les bords des chemins glaiseux. Haute de 15 à 60 cm, elle compte de 5 à 12 feuilles lancéolées. Début juin, la hampe florale se couvre de nombreuses fleurs dont la couleur varie souvent d’un pied à l’autre, allant du blanc-pur au violet-poupre.

Les orchidophiles ont décrit de nombreuses sous-espèces. Le labelle médian présente des figures de couleur rose-foncé. Les sépales latéraux soulevés, les pétales repliés au-dessus du gynostème   et le labelle entier donnent parfois l’image d’un oiseau. Ici, ce pourrait-être celle d’une colombe.

La mythologie grecque qui a influencé la nôtre, mentionne les Dactyles [1], prêtres de Cybèle, experts dans le travail du fer et plus particulièrement dans le ferrage des chevaux. Or l’on sait l’importance de ces animaux dans l’Antiquité puis au Moyen Age. Des contes et légendes ont gardé le souvenir de ces « maîtres du feu » qu’étaient les forgerons. Avec l’influence du christianisme, des saints comme saint Eloi (patron des forgerons) ont pris la place dans des récits populaires de ces êtres autrefois considérés comme des demi-dieux puis devenus des demi-diables.

Crédits: Jacques Bochaton
Orchis à feuilles tachetées (Dactylorhiza maculata) détail

Limodore à feuilles avortées (Limodorum abortivum)

Crédits: Jacques Bochaton
Limodore à feuilles avortées (Limodorum abortivum)

Le mot grec « limodês » signifie « affamé » faisant référence à son mode de nutrition (saprophyte). Quant au mot « abortivum », il signifie « né avant terme » soit « incomplet » caractérisant l’absence de véritables feuilles.

Cette étrange orchidée tout de violet vêtue se rencontre rarement et sa découverte provoque toujours une certaine émotion.

Plante de mi-ombre, vous la verrez (avec un peu de chance) dans les taillis à substrat calcaire, les talus bordant les routes, les hêtraies, chênaies, pineraies de la « Montagne » du Pays de Langres. Sa taille varie entre 40 et 80 cm. A défaut de feuilles classiques, elle possède des écailles engainantes plaquées contre sa tige. Son inflorescence lâche porte entre 4 et 20 fleurs qui apparaissent début juin. Les sépales latéraux et les pétales s’écartent largement en une symétrie bilatérale tandis que le sépale dorsal coiffe légèrement le gynostème  . Le labelle triangulaire se pare de stries rouge-pourpre.

Cette orchidée possède au moins deux noms vernaculaires : « Limodore violette », « Limodore sans feuilles ».


Lire la suite : Herborisons au bord des chemins de l’eau (6)

Notes :

[1Selon Mircea Eliade dans son ouvrage "Forgerons et Alchimistes" p.135

Dans le glossaire :
labelle   Gynostèmes   Biotope   flore   chlorophylles   potentiel hydrogène  

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Orchis à feuilles tachetées (Dactylorhiza maculata) détail

Les sépales latéraux soulevés, les pétales repliés au-dessus du gynostème et le labelle entier donnent parfois l’image d’un oiseau. Ici, ce pourrait-être celle d’une colombe.  

Limodore à feuilles avortées (Limodorum abortivum)

Cette étrange orchidée tout de violet vêtue se rencontre rarement et sa découverte provoque toujours une certaine émotion. Plante de mi-ombre, vous la verrez (avec un peu de chance) dans les taillis à substrat calcaire, les talus (...)  

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Néottie nid-d’oiseau (Neottia nidus-avis)

On la trouve dans les chênaies, hêtraies, pineraies et sapinières. Les fleurs apparaissent en mai.  

Orchis pyramidal (Anacamptis pyramidalis)

Durant les mois de mai et juin vous rencontrerez facilement cette orchidée sur les talus calcaires et les pelouses ensoleillées dans tout le Pays de Langres.  

Orchis pourpre ou pourpré, (Orchis purpurea)

Cette orchidée occupe le même biotope que l’orchis militaire et fleurit début mai.  

Orchis homme-pendu (Aceras anthropophorum)

Cette frêle orchidée jaune verdâtre peuple les pelouses ensoleillées, les talus herbeux. Il faut s’écarter un peu des chemins de l’eau...  

Orchis mâle (Orchis mascula)

Cette orchidée tapisse les prés, les lisières des bois, les bordures des haies lorsque le sol est calcarifère et ce dans tout le Pays de Langres.  

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Vous la trouverez sur les bords des talus de nos chemins vicinaux et des routes stratégiques qui entourent la cité des Lingons et des nombreux villages alentours. Cet orchis-bouc a valeur de symbole. Ces attributs reproducteurs et son (...)  


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