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Herborisons au bord des chemins de l’eau (3)

Publié le 27 mai 2015 , par BOCHATON Jacques dans Flore et faune

Au printemps, les zones humides se parent de mille couleurs très nuancées propices à l’herborisation. Poursuivons nos promenades bottes aux pieds et petit panier à la main.


Cet article est la suite de : Herborisons au bord des chemins de l’eau (2).

L’Oseille des prés (Rumex acetosa)

Crédits: Jacques Bochaton
L’oseille des prés (Rumex acetosa)

Dans les prairies fraîches, sur les bords des fossés humides, vous observerez une belle plante vivace dont la tige de couleur rougeâtre varie entre 30 cm et 1 m de hauteur. Les feuilles alternes sont larges, ovales, épaisses et en forme de fer de lance (« rumex » en latin). Les fleurs vertes ou rougeâtres en grappes composées possèdent 6 pétales.

Dans « l’île mystérieuse » de Jules Vernes, les naufragés se réjouissent de la découverte de plants d’oseille dont le « pouvoir antiscorbutique n’est pas à dédaigner ».

Préparez un excellent potage à l’oseille. Prenez 100 g de feuilles bien lavées. Hachez-les et cuisez-les dans du beurre (5mn) avec quelques brins de persil. Faites cuire à l’eau 100 g de pommes de terre (30 mn). Mixez le tout. Ajoutez un peu de crème, du sel, du poivre. La sauce à l’oseille accompagne très bien les viandes, poissons et pâtes. Le goût acidulé qui fait le charme de ce potage, vient des cristaux d’oxalate contenus dans les feuilles de l’oseille.

Si vous êtes sujet aux crises néphrétiques, hépatiques, troubles urinaires, pulmonaires évitez d’en consommer trop souvent.
Selon les Anciens, les tisanes des feuilles d’oseille et de son suc guérissent les infections de la bouche et de la gorge.

La Chélidoine (Chelidonium majus)

Crédits: Jacques Bochaton
La Chélidoine (Chelidonium majus)

Cette plante tire nom de l’hirondelle (en grec « chelidon ») car les premières fleurs apparaissent avec l’arrivée de ces volatiles. Vous la reconnaîtrez facilement en faisant le tour des fontaines de Langres car elle s’installe de préférence dans les fissures des vieux murs. Elle peuple encore les bords des chemins, les buissons et lieux frais.

On l’appelle couramment « l’herbe aux verrues » car le suc jaune orangé de sa tige supprime rapidement ces vilaines excroissances. Il faut l’appliquer durant quelques jours et juste sur les verrues.

Si cette plante possède cette grande vertu, un « coeli donum » (don du ciel) des herboristes du Moyen Age, elle contient, hélas, de nombreux alcaloïdes toxiques. Il ne faut donc pas l’ingérer sous quelque forme que ce soit !

Le Saule blanc (Salix alba)

Crédits: Jacques Bochaton
Le Saule blanc (Salix alba)

Il s’installe sur les rives des 4 lacs du Pays de Langres, des nombreuses rivières et ruisseaux. Ses feuilles, étroites, lancéolées au pétiole très court ont leur face inférieure argentée. Dès le mois d’avril les premiers chatons de couleur jaune verdâtre s’ouvrent.

Dans la mythologie gréco-romaine le saule était sous la dépendance de la Lune, lié à la mort. Les prêtresses le consacraient à Hécate, Circé, Héra, Perséphone, divinités des morts et des enfers. Sur une monnaie crétoise antique on peut voir la déesse Europe assise sur un saule, un panier d’osier à la main, tandis qu’elle s’unit à l’aigle Zeus.

On peut décomposer le mot Europe en Eur – ope = « Celle à la face large » c’est à dire la pleine lune mais aussi Eu – rope = « Celle du Saule-Osier bien venant » (=Hélicé soeur d’Amalthée).

Lorsque les Celtes érigeaient un tumulus, ils l’entouraient de saules. Ces arbres étêtés servaient de limites aux propriétés.

Crédits: Jacques Bochaton
Le Saule blanc (Salix alba) : feuilles

En fouillant dans notre histoire locale on découvre une étrange fête qui succédait aux Rogations (16 mai), la « Fête des Fous ». Les artisans vanniers fabriquaient un monstre en osier. Des hommes cachés à l’intérieur l’animaient. Le monstre sortait de la cathédrale et parcourait les rues en distribuant des coups de queue aux passants, tendait sa gueule pour qu’on lui verse des oboles. Un âne mitré censé symboliser l’évêque le suivait. On appelait ce monstre le « Grand Bailla », nom qui au XIIème siècle signifiait « porter une charge » ou encore « protéger », sorte de vouivre ou dragon protecteur.

Les Anciens consommaient l’écorce de cet arbre très riche en acide salicylique (aspirine) pour faire tomber la fièvre, pour soigner les rhumatismes articulaires aigus, les affections des voies digestives et urinaires. Selon Dioscoride, les tisanes et décoctions des feuilles et des fleurs « arrêtent les ardeurs de Vénus » ! Vous voici prévenu.

Les lieux-dits tirant leurs noms du saule ou de la saulaie sont nombreux en Haute Marne : Sausse, Saussotte, Sault, Lasaulx, Saussis, Saussey...

La Grande Berce (Heracleum sphondylium)

Crédits: Jacques Bochaton
La Grande Berce (Heracleum sphondylium)

La vigueur de sa tige qui peut atteindre 2 m de hauteur lui a valu son nom Heracleum en souvenir du célèbre héros grec Héraclès ou Hercule. Elle se développe dans les lieux humides : prairies, fossés, bords des ruisseaux, chemins de hallage, à proximité des rives des lacs...

On l’appelle encore « Branc-Ursine » car ses feuilles de 3 à 7 folioles dentées ou lobées pourvues de poils raides ont la forme de patte d’ours. Sa floraison intervient durant les mois de mai à septembre avec l’apparition de fleurs blanches groupées en ombelles   de 10 à 20 cm de diamètre. Elles attirent une multitude d’insectes ainsi que les photographes qui désirent réaliser de belles prises de vue de cette entomofaune.
Cette plante peut être cuisinée et vous trouverez de nombreux sites sur Internet qui vous donnent des recettes.

Le risque est de la confondre avec d’autres ombellifères toxiques telle la cigüe.

L’aspérule odorante (Asperula odorata ou Galium odoratum)

Crédits: Jacques Bochaton
L’aspérule odorante (Asperula odorata ou Galium odoratum)

En bordure des sentiers des 4 lacs, de la lisière des bois frais, sur les pentes des combes sombres, vous découvrirez cette gracieuse plante qui peut atteindre 50 cm de hauteur. Les feuilles lancéolées sont disposées en étoiles. En mai-juin les fleurs blanches en corymbe apparaissent et dégagent un parfum léger très agréable que nos grand-mères mettaient à profit en les plaçant dans les armoires à linge.

Les propriétés médicinales de la plante entière sont multiples : hypnotiques, toniques, digestives, diurétiques, antispasmodiques, astringentes, antiseptiques, dépuratives... Ces infusions apportent donc beaucoup de confort aux personnes qui souffrent de troubles du sommeil : insomnies, angoisses, nervosité... mais aussi de douleurs gastriques, hépatiques, intestinales, utérines. Le vin d’aspérule ou « vin de mai » encore appelé « Maiwein » dans les Pays germaniques, renforce le tonus et la digestion (bu avec modération).

Les Anciens lui attribuèrent des noms bien appropriés : « Reine des bois », « Mère des forêts », « Hépatique étoilée », « Belle étoile », « Herbe aux étoiles », « Aspérinette », « Muguet des Dames »...

Lorsqu’un garçon était séduit pas la beauté d’une demoiselle mais qu’il la trouvait trop maniérée, il déposait sur sa fenêtre un bouquet d’aspérule.

Ronce commune (Rubus fruticosus)

Crédits: Jacques Bochaton
Ronce commune (Rubus fruticosus)

Qui n’a jamais savouré quelques mûres en se baladant sur les sentiers bordés de mûriers exubérants ? Certaines années, à l’été finissant, les mûres constellent la ronce de taches noires. Leur cueillette comporte quelques inconvénients : griffures des mains et autres blessures cutanées par les aiguillons acérés.

Une fois bien rincées, vous les pressez et filtrez pour obtenir un jus, un sirop (son poids de sucre roux ou miel en chauffant le tout jusqu’à dissolution) ou encore une gelée et savoureuses confitures.

En plus de leur arôme, les mûres vous apporteront des vitamines B et C, elles soulageront les maux de gorge, de dents, des infections de la muqueuse buccale ainsi que la toux. Les Anciens avaient découvert ses vertus digestives. Horace affirme que pour bien supporter les fortes chaleurs estivales il convient de manger quelques mûres noires à la fin du repas. Au XIIème siècle, Hildegarde de Bingen préconisait l’usage de cette plante pour ses qualités astringentes et toniques très efficaces « contre les hémorragies du fondement » : hémorragies hémorroïdales, colites, diarrhées. Les tisanes de ses feuilles abaissent la glycémie.

L’histoire de Tristan et Iseult dont l’origine est probablement celtique mentionne cette plante. Elle fut plantée entre les deux tombes des amants symbolisant leur union (illégitime) dans la mort.

Jacques Bochaton

Lire la suite : Herborisons au bord des chemins de l’eau (4)


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Les Fêtes indo-européennes« Les Fêtes Indo-Européennes, leurs traces dans le Folklore »

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Coût 10€ hors frais d’envoi.

 

 

Commandes à adresser à Jacques Bochaton 20 rue des Groseilliers 52200 Peigney.
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Dans le glossaire :
Inflorescence en ombelle   flore   faune   potentiel hydrogène  

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